collège atlantique oural

Le premier numéro de la revue « European Union Foreign Affairs Journal » EUFAJ

Je vous envoie le lien internet pour lire le premier numéro de la revue trimestrielle « European Union Foreign Affairs Journal » dont je suis éditeur. Comme vous pouvez vous en douter, « Libertas » -Institut européen n'a rien à voir avec le mouvement Libertas irlandais. C'est un think-tank allemand pro-européen et dirigé par un ami Hans-Juergen Zahorka, chef éditeur de la revue EUFAJ, qui est un ancien député au Parlement européen et comme moi Conférencier de la Commission européenne (TEAM EUROPE). Ce journal est une coopération entre « Libertas » et mon think-tank le « Collège Atlantique-Oural ».

Dans ce premier numéro vous trouverez un article que j’ai écrit sur la Russie et ma chronique « Stand Point » qui sera présente à chaque numéro. Vous pourrez aussi lire une publicité du ENERGY AND SUSTAINABLE DEVELOPMENT MANAGEMENT MBA dont je suis responsable ainsi qu’une annonce de la parution de mon livre.

La France représente moins de 5% des envoies courriels pour cette revue, c'est une revue à vocation européenne et internationale.

Je vous laisse découvrir « European Union Foreign Affairs Journal » :

http://www.libertas-institut.eu/de/EUFAJ/no1_2009.pdf

Très cordialement,

Olivier VEDRINE

LE PARTENARIAT ORIENTAL, LES ENJEUX GEOPOLITIQUES ET l'AZERBAÏDJAN

 

La présidence tchèque de l’Union européenne a pu réunir les 7 et 8 mai les principaux acteurs de l’Europe de l’Est dans un espoir de resserrer les liens entre l’UE et ses voisins de l’ex-Union soviétique (Arménie, Azerbaïdjan, Belarus, Géorgie, Moldavie et Ukraine) pour aider à renforcer leur indépendance et s’assurer de nouvelles sources d’approvisionnement énergétique. L’UE tente, sur la base d’une coopération pragmatique, de maintenir l’ancrage européen de ces pays, ce qui laisse à penser qu’elle est en train d’empiéter sur la sphère des intérêts stratégiques de la Russie. Mais les apparences sont très souvent trompeuses.

D’abord, l’Europe n’a pas de vision stratégique globale et il serait erroné de voir le tout nouveau partenariat oriental comme une tentative de diminuer l’influence russe. Deux facteurs viennent appuyer ce point de vue :

-         Premièrement, l’UE n’est pas encore une puissance politico-militaire et préfère agir en concertation avec la Russie dans la gestion des crises.

-         Deuxièmement, des liens économiques entre la Russie et ses voisins immédiats sont suffisamment forts et ces derniers ne souhaiteraient pas risquer un tel marché, qui absorbe leurs produits agricoles et industriels ainsi que des millions de travailleurs immigrés, pour un projet dont l’avenir reste encore incertain.

Bien que certains éléments du partenariat restent prometteurs, il est loin d’être un outil de contribution à l’émergeance d’un pôle économique dans le pluralisme géopolitique au sein de la Communauté des Etats Indépendants (CEI). Il est plutôt destiné à promouvoir les relations entre l’UE et les partenaires et à renforcer leur intégration dans différents cadres de coopération mais au même niveau que la Russie. Il s’agit plus d’une complémentarité de coopération que de compétition et plus d’une intégration renforcée que d’une adhésion. C’est la raison pour laquelle les Etats concernés de l’ex-URSS adoptent une démarche plus raisonnable même si l’Ukraine aspire toujours à une adhésion pure et simple. La grande faiblesse de ce partenariat est en effet le manque de moyens de ses ambitions et surtout de ses incitations en termes d’adhésion.  

Ensuite, le nouveau contexte international, lié à l’approche multilatérale et à la politique internationale plus pragmatique de la nouvelle Administration Obama, tend à réconforter la position de la Russie. Le nouveau président se fixe deux priorités – l’Iran et l’Afghanistan – et cherche, à la différence de son prédécesseur, à éviter des provocations inutiles en renonçant notamment à la poursuite de la nouvelle version de la politique de containment qui visait à réduire l’influence russe en promouvant les « révolutions de couleurs » dans l’espace ex-soviétique, considéré comme les « marches naturelles » dans la vision stratégique du Kremlin. Cette approche semble arranger Moscou, car il lui sera plus avantageux d’adopter une démarche coopérative à condition de maintenir sa position dominante dans son ancienne chasse gardée. De ce point de vue, on peut trouver un point d’équilibre dans les relations entre la Russie et les Etats-Unis, par exemple Washington renonçant à son initiative unilatérale du bouclier antimissiles en faveur d’un projet commun avec Moscou et celui-ci s’engageant à jouer le jeu dans des dossiers épineux tel que l’Iran et l’Afghanistan, ceci permettrait de redessiner la reconfiguration des rapports de forces et d’assurer à la Russie de rester l’acteur principal dans cette zone, chacun trouvant alors son compte. En effet, l’aide que la Russie peut apporter dans le dossier iranien est énorme et fondamentale pour la sécurité régionale et internationale. L’Iran cherche à devenir une puissance régionale importante dans cette zone géographique et à se mettre en concurrence avec la Turquie, membre de l’OTAN et candidat à l’Union européenne, pour contenir entre autres l’influence des Etats-Unis. La première visite de Mahmoud Ahmadinejad suite à sa réélection a été comme invité au Sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) à Ekaterinbourg dans l’Oural. Cette organisation a été créée en 1996 par la Russie, la Chine comme une alternative à l’Otan et en réponse à l’influence des Etats-Unis en Asie centrale. Quatre pays d’Asie centrale en sont membres, toutes d’anciennes républiques ex-soviétiques : le Kazakhstan, le  Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan. L’Iran a le statut d’observateur. A noter qu’en octobre 2007, le sommet de la Caspienne à Téhéran, en pleine crise nucléaire, avait été un succès pour l’Iran comme pour la Russie.

Cette bonne entente avec la Russie pourrait aussi contribuer au règlement du conflit du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. En effet, un des objectifs de l’Administration Obama est d’améliorer l’image de l’Amérique dans le monde musulman. Dans cette optique, la Turquie est un allié incontournable pour relier les intérêts américains tout en devenant un acteur régional au Proche-Orient mais aussi au Caucase du Sud. D’où les incitations américaines pour normaliser les relations entre la Turquie et l’Arménie qui se sont interrompues en 1993 suite à l’occupation de 20% du territoire de l’Azerbaïdjan par les forces militaires arméniennes. Mais cette question exige des avancées diplomatiques préalables dans la recherche d’une solution pacifique au conflit du Haut-Karabakh, ce qui présage d’un rôle plus actif des Etats-Unis et de la Russie. Or, les motivations russes sont différentes : tout d’abord, en excluant une telle éventualité pour les résolutions des conflits ossète et abkhaz, Moscou continuant à tenter de mettre à genoux le régime de Saakhashvili, pour s’assurer à nouveau l’accès direct à l’Arménie, son fief dans le Caucase du Sud ; ensuite, dans un cadre de rapprochement potentiel entre la Turquie et l’Arménie, le Kremlin pense à équilibrer ses relations avec l’Azerbaïdjan tout en l’incitant à vendre l’essentiel de son gaz au géant russe « Gazprom » dont le but est de mettre en cause le projet européen de gazoduc « Nabucco ».

Contrairement à ce que l’on a pu croire, l’Azerbaïdjan n’a pas tenté de se servir de son arme énergétique comme d’un moyen de pression diplomatique dans le processus de normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie. Mais il a suggéré de mener les deux négociations dans un seul processus et de conditionner les progrès dans le règlement du conflit du Haut-Karabakh au rapprochement entre les deux pays. Vu les liens historiques et culturels qui lient le peuple turc au peuple azéri et la réaction populaire qu’a suscité la politique d’Ankara dans les deux pays, tout cela a fait comprendre au gouvernement turc que sans éliminer les causes qui ont conduit à la fermeture des frontières, on ne peut pas agir sur les effets. Cette position a soulagé Bakou et « a dissipé toutes les suspicions » comme l’a déclaré le président Ilham Aliyev, après la visite du Premier ministre turc, le 13 mai 2009. L’Azerbaïdjan juge sa demande légitime et du fait que 20% de ses territoires restent toujours sous l’occupation arménienne, il en appelle à la Turquie et à la Communauté internationale dans son ensemble afin d’adopter une position commune et ferme face à cette situation plutôt que de conforter la position arménienne autour de la table des négociations en exigeant l’ouverture des frontières entre la Turquie et l’Arménie.

L’Azerbaïdjan n’a pas non plus cédé aux demandes russes d’achat de la totalité de son gaz parce qu’il cherche à assurer la sécurité d’acheminement de ses ressources en diversifiant les gazoducs vers plusieurs directions. C’est la raison pour laquelle il avait, par le passé, retardé l’exploitation de la deuxième phase du gisement Shah Deniz, censé fournir plus de 16 milliards de mètres cubes de gaz par an. Dans un tel contexte, l’Azerbaïadjan, qui exporte déjà du gaz à la Turquie et à la Grèce, s’est montré favorable pour le projet de gazoduc « Nabucco » afin d’acheminer l’essentiel de son gaz. Mais il ne pourra plus attendre indéfiniment les Européens. D’autant plus qu’avec l’augmentation de sa production de gaz, il lui faut des marchés et des prix compétitifs que seule la Russie prend l’initiative de lui offrir. Lors de la visite du président Medvedev à Bakou, le 29 juin 2009, « Gazprom » a ainsi signé avec la Société pétrolière d’Etat d’Azerbaïdjan (SOCAR) un accord d’achat de 500 millions de mètres cubes de gaz à compter du 1er janvier 2010. Pour Bakou, ce contrat se base sur des considérations commerciales avec un prix s’élévant à 350 dollars pour mille mètres cubes de gaz . Mais il s’agit pour l’instant d’un volume insignifiant pour être un coup fatal en privant « Nabucco » d’une source fiable et vitale. Toutefois, le danger n’est pas loin si les Européens ne décident pas du sort de leur projet  et ne propose pas rapidement des contrats d’achat à l’Azerbaïdjan. La perte de temps pourrait effectivement mettre fin à ce projet. D’autant plus que l’acteur clé dans la région qu’est l’Azerbaïdjan constitue aussi une zone de transit stratégique pour l’Asie centrale qui se trouve parmi les fournisseurs essentiels de « Nabucco ». L’éventuel changement de cap de l’Azerbaïdjan pourrait inciter les pays d’Asie centrale, tels que le Turkménistan, le Kazakhstan à se tourner plutôt vers l’Asie. Rappelons qu’après la récente explosion sur le gazoduc entre la Russie et le Turkménistan, celui-ci a plus que jamais pris conscience de la vulnérabilité de sa dépendance vis-à-vis de son grand voisin du nord. Ce n’est pas un hasard si les autorités turkmènes viennent d’offrir de nouvelles opportunités aux compagnies occidentales dans l’exploitation de gisements d’hydrocarbures. Dans ce grand jeu, la réalisation de « Nabucco » ne dépend pas de l’opposition de la Russie avec ses projets concurrents tel que « South Stream » mais largement de l’engagement des partenaires européens. Dans cette configuration l’Union-européenne a deux impératifs stratégiques, le premier est une meilleure coopération avec la Russie qui fait partie de l’Europe continentale et le second est la continuation du processus d’adhésion de la Turquie. C’est dans cette position stratégique bien équilibrée que se trouvent le juste chemin de sa politique et la protection de ses intérêts énergétiques.

 

 

Olivier VEDRINE

Président du Collège Atlantique-Oural

Paris, France

Conférencier de la Commission Européenne

(TEAM EUROPE France)

 

 

Fazil Zeynalov                                                          

Politologue                                                                    

Bakou, Azerbaïdjan                                                     

COMMENT FACILITER LA PRISE DE DECISION POUR CONSTRUIRE L’EUROPE PUISSANCE

Les moyens pour que puissions, nous autres Européens, compter dans le jeu géopolitique mondial, passent d’abord par une réorganisation de nos institutions. Deux objectifs se montrent à nous : la redéfinition du fonctionnement de la Commission européenne et la recherche d’un nouveau processus de prise de décisions au Conseil des ministres (Conseil de l’Union Européenne).

Les commissaires européens ont un statut encore mal défini et mal perçu (représentants des Etats ou réel gouvernement supranational ?). Tout cela explique la difficulté des prises de décisions et la « course à la place » des pays pour avoir son commissaire. On doit aussi reconnaître qu’en matière législative elle n’a aucune autonomie par rapport aux Etats membres.

Pour le Conseil de l’Union Européenne, il faut impérativement revoir les modalités de vote et en finir avec le principe de l’unanimité.

La Commission européenne :

Un réaménagement de cette organisation serait un message fort au niveau politique pour tous les citoyens de l’Union. En effet, ceux-ci considèrent souvent la Commission comme toute puissante et totalement en dehors des réalités qu’ils ont à assumer.

Le premier problème est d’ordre juridique : selon l’article 213 du Traité, « les membres de la Commission exercent leurs fonctions en pleine indépendance » et « chaque Etat membre s’engage à respecter ce caractère et à ne pas chercher à influencer les membres de la Commission dans l’exercice de leur tâche ». Nous sommes loin de ces belles et grandes phrases. Car pourquoi alors « cette course aux fauteuils de commissaires » ?

Le second problème est institutionnel : l’article 219 du Traité stipule que la prise de décision est collégiale mais celle-ci est pourtant prise à la majorité simple. En conséquence, tout accroissement du nombre des membres n’est en rien un obstacle à la prise de décision. Le véritable obstacle est plus dans la lourdeur du processus décisionnel ; il faut donc une modification de la méthode de travail.

Le troisième problème est administratif : avec l’élargissement de l’Union aux pays de l’Europe Centrale et Orientale, comment accroître l’efficacité de l’institution sans en revoir le fonctionnement ? On peut faire la proposition suivante qui viserait à accroître cette efficacité en rationalisant la Commission pour petit à petit la faire fonctionner comme un gouvernement fédéral. Avec un Président, un Vice-Président et plusieurs commissaires-ministres responsables de différents portefeuilles.

C’est le but à atteindre. Pour cela, nous devons de façon impérative penser à une Constitution pour l’Europe, malgré le désastreux échec du référendum de 2005. Le Traité de Lisbonne nous permet de relancer cette idée et répond pour une large part aux problèmes précédemment posés afin de construire une plus belle et plus grande Europe.

Le Conseil de l’Union Européenne :

L’enjeu majeur de la réorganisation du Conseil de l’Union Européenne nous paraît évident : c’est de mettre fin au principe de l’unanimité qui a le désavantage de rendre les décisions difficiles à prendre à 27.

Même si le vote est souvent évité pour la prise de décisions grâce aux efforts de la présidence du Conseil qui se bat pour aboutir à des compromis, visant à satisfaire tous les participants. Il est extrêmement difficile de parvenir à un accord, souvent deux Etats s’y opposent. Sans modification institutionnelle pour passer à un vote à la majorité qualifié, cette situation ne manque pas d’empirer avec l’arrivée des nouveaux pays membres dans l’Union. Le Traité de Lisbonne là encore nous permet de répondre à plusieurs de ces « défis de fonctionnement ». Le problème est clair : comment des Etats membres pourront-ils passer d’un système décisionnel basé sur l’unanimité à un système à la majorité qualifiée où leur influence serait grignotée et où une décision pourrait se prendre sans eux ?

Dans le cas d’un vote à la majorité simple, à la majorité qualifiée ou à l’unanimité, un Etat = une voix. Dans le cas d’un vote à l’unanimité, la décision est prise quand il y a accord entre tous les participants. On peut se poser la question de la repondération des poids décisionnels des Etats dans la procédure de vote à la majorité qualifiée, en déterminant le nombre de voix que chacun obtiendrait à l’avenir. On peut mettre en avant les critères démographiques (déjà présents dans le calcul actuel) et qui au passage lèse les petits Etats comme le Luxembourg, la Belgique, etc. Pour ne pas faire des petits Etats, des acteurs de seconde zone en réduisant leurs poids décisionnels, (ce qui faisait partie des problèmes soulevés par l’Irlande) il faut revenir aux principes de bases de la Démocratie, à savoir : un Etat = une voix.

Nous ne devons pas perdre de vue que la réforme, s’agissant du vote à la majorité qualifiée, ne doit pas se cantonner à la révision de ses modalités d’exécution mais prendre en compte l’élargissement de son champ d’application. L’Europe des 27 et son élargissement récent n’en serait que mieux gérée.

Déjà dans quatre grands sujets, un vote à la majorité qualifié a été discuté lors du Conseil européen de Féria en juin 2000.

Il y a d’abord la famille de sujets portant sur l’organisation interne de l’Union Européenne (nomination des membres de la Cour des comptes, nomination du Secrétaire général du Conseil de l’Union Européenne).

Se rajoutent les domaines relevant de la PESD, de la conclusion des accords internationaux et les problèmes en matière de propriété intellectuelle.

Dans un troisième groupe, il y a les mesures touchant au fonctionnement du marché intérieur (accès et exercices des activités non salariées, les problèmes en matière fiscale et sociale, les problèmes de discrimination, de double taxation et d’évasion fiscale).

Enfin, il y a le groupe qui touche aux sujets portant sur « l’espace intérieur » de l’Union Européenne (le droit des citoyens de l’Union à circuler librement et à séjourner dans tous les Etats membres, la délivrance des visas, les procédures d’asile et relatives aux réfugiés, problèmes d’immigration, la coopération judiciaire dans le domaine civil).

On voit toutes les difficultés qu’ont les 27 à prendre des décisions sur des sujets aussi nombreux (certains étant sensibles). Ne faut-il pas, là encore, tout comme nous l’avons proposé pour la Commission, adopter une logique de réorganisation. Le Traité de Lisbonne nous apporte des éléments pour répondre à une meilleure efficacité des institutions européennes.

Pour aller plus loin que ce Traité, il faudrait repartir de l’équation : un Etat = une voix, pour proposer un système plus démocratique et plus simple. Pourquoi ne pas suggérer une Chambre des Nations représentant les Etats, à raison de quelques représentants par pays membres, avec un nombre de représentants égal quel que soit la taille de l’Etat (comme le système du Sénat des Etats-Unis d’Amérique). Le Conseil des ministres se transformerait en Chambres des Nations. Tout comme la réforme de la Commission, cette nouvelle transformation appelle de nouveau l’élaboration d’une Constitution pour l’Union.

Il faudrait préparer le passage de la Commission actuelle à un véritable gouvernement européen avec un président, un vice-président et des ministres. Le président serait élu au suffrage universel direct et il serait le véritable chef de l’exécutif, avec le pouvoir de dissoudre la première chambre. Il pourrait être aussi élu par le Parlement comme c’est le cas dans les modèles parlementaires classiques.

Pour le Parlement, deux chambres sont nécessaires, l’une doit représenter les citoyens, l’autre les Etats. La première, la « Chambre des citoyens » se rapprocherait de l’actuelle Assemblée de Strasbourg. La seconde est une « Chambre des Nations » qui représenterait les Etats à raison de quelques représentants par pays membres avec un nombre de représentants égal quel que soit la taille de l’Etat.

Ce travail de fond et ce formidable défi qu’est l’élaboration d’une Constitution mettrait l’Europe dans la vie quotidienne par la participation de chaque citoyen, grâce aux moyens modernes de communication comme internet. Cette participation collective pourrait déboucher sur les débuts d’un véritable civisme européen.

Olivier VEDRINE

NOTES DE VOYAGES EN AZERBAÏDJAN

Pour vous parler de mes voyages en Azerbaïdjan, il me faut débuter ce récit par un petit prologue. L’été à Paris avait déjà commencé et je flânais par une de ces belles journées que notre capitale sait nous offrir, quand je reçois un appel téléphonique.

- Bonjour Olivier ! C’est Jean-Yves Chevalier. Tu vas bien ? Tu fais quoi cet été ? Tu aimerais venir en Azerbaïdjan à Baku ?

Les cours étaient terminés, les étudiants des écoles et des universités étaient en vacances, j’étais donc libre. Baku, l’Azerbaïdjan, le Caucase et la mer Caspienne : la destination me semblait chargée d’aventures. Je réponds donc par l’affirmative.

- Je viens !

Tout en joie, je m’en vais parler de ma future destination estivale à certains de mes amis qui, pour la plupart, ne connaissant pas ou peu ce pays, par ignorance souvent, m’avertissaient de tous les dangers d’une destination si lointaine. Rien de tel pour me motiver. Devant tant de commentaires chargés d’appréhensions, je n’avais que davantage l’envie de partir !

Mon premier voyage :

Nous sommes la fin du mois d’août, c’est le matin et le jour s’est déjà levé. Je suis à l’aéroport Charles de Gaulle, impatient de prendre cet avion pour Baku.

Après quelques heures de vol, nous arrivons le soir à l’aéroport Heydar Aliyev, un taxi nous attend, une belle voiture allemande de forte cylindrée, et nous transporte vers notre hôtel Hyatt en traversant en autoroute des champs de derricks.

Pour la première partie de ce premier voyage, avec mon camarade Jean-Yves Chevalier, nous avons eu à prononcer des avis consécutifs aux réponses du « Groupe de travail de mise en place des standards internationaux en matières des Droits de l’Homme en Azerbaïdjan » à propos des opinions et propositions de l’OSCE-ODHIR et de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe relatives aux ajouts et amendements au Code Electoral de la République d’Azerbaïdjan. Le document de travail, le rapport sur lequel nous avons réfléchis, était d’une grande qualité et l’ensemble des ONG et Fondations de l’Azerbaïdjan par leurs réflexions nous démontrèrent et nous prouvèrent qu’une dynamique de démocratisation était déjà en place.

Ce pays, ô combien intéressant de part sa culture et son histoire, se situe sur l’ancienne route de la soie. On imagine en traversant la vieille ville de Baku l’arrivée des caravanes et leurs haltes dans les caravanes saraïs et l’histoire de Marco Polo nous revient tout d’un coup en mémoire.

Aujourd’hui, la situation de l’Azerbaïdjan est stratégique et nous amènent à comprendre la vision politique de ce pays qui s’inscrit dans la continuité par une intégration dans les institutions européennes et une diplomatie qui concilie avec succès, une orientation pro-occidentale et de bonnes relations avec la Russie. Cette politique a permis une stabilité, un progrès économique grâce aux revenus pétroliers injectés, ce qui a provoqué l’augmentation de la production industrielle et donc une amélioration du niveau de vie des habitants. La seconde partie de ce voyage fut marquée par un déplacement au sud du pays vers la ville de Lankaran qui borde la mer Caspienne. Le trajet fut extraordinaire et m’a permis de remarquer l’extrême diversité des paysages et des climats. En effet, le climat chaud et sec des déserts plats où nous avons eu à traverser une mer de sel laisse la place, plus au sud, à des forêts couvrant de hautes montagnes, une végétation magnifique et des températures agréables puis, plus en altitude, une végétation davantage rase où l’on devine toute la dureté du climat.

Lors de l’ensemble de ce premier voyage, j’ai été reçu avec un grand sens de l’hospitalité, tant par des officiels que par de simples citoyens. J’ai remarqué le grand sens de l’accueil de l’ensemble de la population, ainsi que son caractère pacifique et toujours prêt à discuter avec le voyageur que j’étais. C’est un peuple fier de son histoire et de son passé comme me l’a montré la visite de plusieurs musées comme l’un d’entre eux placé dans une petite ville proche de la frontière iranienne. C’est un peuple attachant qui accompagne dignement la beauté des paysages.

Mon excursion dans le sud devait durer quelques jours et ce fut le retour pour Baku et ensuite pour Paris.

Mon deuxième voyage :

Mon second voyage en Azerbaïdjan, je le fis comme observateur international pour les élections présidentielles en octobre 2008 et toujours avec mon cher camarade Jean-Yves. Ma mission était d’aller vérifier dans les bureaux de votes le bon déroulement des élections. A l’hôtel, les observateurs sont répartis par zones géographiques et/ou par villes. Ce sera pour moi Guba, dans le nord du pays tout prêt de la frontière avec la Russie.

Le matin se lève sur Baku, la route pour Guba est en chantier, on me réserve donc une jeep Toyota. L’équipe qui m’accompagne est jeune et pleine de dynamisme. Puis c’est la route, longue et difficile, mais là aussi les paysages sont d’une grande beauté.

Après des visites dans quelques bureaux de votes à l’intérieur de la ville, nous décidâmes d’aller dans la montagne, dans ce haut Caucase que l’on trouve dans les romans d’aventures. Et c’est le plus haut village d’Azerbaïdjan à environ 3000 mètres d’altitude, qui sera notre objectif. Le chemin a la réputation de n’être pas facile. En effet, nous ferons un peu de route goudronnée puis se sera la piste mi-bitume et mi-terre. Celle-ci longera des ravins, passera à la cime des crêtes et plongera dans les fonds de magnifiques vallées. Les versants de ces montagnes gigantesques et superbes sont clairsemés de quelques habitations où l’on devine que tout est organisé pour faire face à ce climat montagnard, rude et difficile. Un membre de l’équipe me dit qu’ici c’est le territoire des loups. La panne de moteur me paraît donc à éviter…

Nous traversons d’abord un paysage couvert de forêts. Ensuite, c’est un paysage pelé où l’on voit quelques brebis, des habitations à flancs de montagnes et, enfin, le village le plus haut d’Azerbaîdjan est devant nous ; il termine la piste. Les personnes ici sont des paysans, des éleveurs. La Russie est à quelques kilomètres. Ils sont heureux et fiers de nous recevoir. Leurs sourires éclairent leurs visages où percent ces regards d’hommes et de femmes des montagnes. L’hospitalité, comme dans le reste du pays, est dans ce village aussi une manière d’être et de faire. Nous sommes les premiers observateurs à signer les registres dans le bureau de votes. L’un des villageois téléphone pour signaler notre présence. La démocratie et ses bulletins de votes sont arrivés dans les hautes montagnes du Caucase. Nous prenons quelques photos avec le directeur de l’école dans laquelle est placé le bureau de vote et nous devons déjà repartir, car il semble qu’il faut mieux faire le voyage de jour…

C’est le retour à Baku et le débriefing avec les autres observateurs. Les réunions d’experts, les conférences de presse et les interviews se suivent. Il y a toujours les promenades dans cette belle vieille ville de Baku et l’hospitalité de nos amis azéris pour nous rendre ce séjour des plus agréables.

Mon troisième voyage :

Mon troisième voyage fut le plus court. Nous avons participé, avec Jean-Yves, à une conférence de presse internationale sur le référendum du mois de mars 2009. J’ai mis en place, lors de ce séjour, une collaboration entre l’IPAG à Paris et l’université Khazar à Baku afin d’ouvrir pour la rentrée un double diplôme : un MBA sur l’énergie.

Suites à ces différents voyages, j’invite maintenant mes amis en France à avoir une vue différente de l’Azerbaïdjan. J’insiste toujours quand je parle de ce pays sur la beauté de ses paysages et sur l’hospitalité, la fierté et la gentillesse d’un peuple pacifique.

Olivier VEDRINE

PS : Le programme du MBA Energy dont j'ai la responsabilité est sur le site de l'IPAG: http://www.ipag.fr/en/home/programmes/mba/energy-sustainable-development-management-mba.html

NB : M. Jean-Yves CHEVALIER, Consultant International, Président Honoraire de l’ACEDS: http://aceds.fr/

UN "NOYAU DUR" POUR CONSTRUIRE UNE UNION POLITIQUE EUROPENNE

L’Union par le sommet de Nice a commencé son élargissement à partir de 2003 aux pays pouvant satisfaire les conditions d’adhésion. Avec les négociations sur l’adhésion de la Turquie et de certains pays des Balkans, l’Union Européenne a ouvert la porte à beaucoup d’autres Etats.

Il faut bien se poser la question des limites de l’UE et ouvrir un débat avec nos voisins des frontières orientales. Nous avons déjà mis en place des accords de partenariat, de coopération, d’association qui ouvrent la voie à la candidature.

Si nous ne pensons pas à l’élaboration d’un « noyau dur » , comme avant-garde de l’Union politique et locomotive de l’intégration, nous aurons à déplorer la dilution de l’Union Européenne dans une simple Union élargie.

L’échec de la ratification du Traité Constitutionnel et les difficultés de la ratification du Traité de Lisbonne conjugués à la pression de l’élargissement doit faire faire à l’Union Européenne un saut qualitatif qui lui permettra d’intégrer toutes les nouvelles vagues d’adhésions dans un cadre institutionnel remanié par un renforcement des politiques communes. Cette « avant-garde » doit être la première étape d’un processus amenant l’Union Européenne à mieux construire une Union pour la Méditerranée et à mieux intégrer les nouveaux Etats candidats.

Par une profonde rénovation institutionnelle apportée par l’élaboration d’une Constitution, par la formation d’un noyau dur, nous éviterions les blocages accumulés depuis la signature du Traité de Maastricht et nous cesserions de condamner l’Europe à l’impuissance. Nous nous donnerions les moyens d’échapper à une crise possible qui, révélant nos faiblesses pourrait déboucher sur une régression et peut être même sur une dislocation de la construction édifiée depuis 1957.

Il faudrait enfin préparer le passage de la Commission actuelle à un gouvernement européen avec un président, un vice-président et des ministres. Le président élu au suffrage universel direct serait le véritable chef de l’exécutif, avec le pouvoir de dissoudre l’Assemblée.

Pour le parlement, deux chambres sont nécessaires, l’une doit représenter les citoyens, l’autre les Etats.

La première « La Chambre des citoyens » se rapprocherait de l’actuelle Assemblée de Strasbourg.

La seconde est une « Chambre des nations » qui représenterait les Etats à raison de quelques représentants par pays membres avec un nombre de représentants égal quel que soit la taille de l’état. Dans le cas d’un vote à la majorité simple , un Etat = une voix. Dans le cas d’un vote à l’unanimité, la décision est prise quand il y a accord entre tous les participants. On peut se poser la question de la repondération des poids décisionnels des Etats dans la procédure de vote à la majorité qualifiée, en déterminant le nombre de voix que chacun obtiendrai à l’avenir. On peut mettre en avant les critères démographiques (déjà présents dans le calcul actuel) qui au passage lèse donc les petits états comme le Luxembourg, la Belgique, etc… Pour ne pas faire des « petits états » des acteurs de seconde zone en réduisant leurs poids décisionnels, il faut revenir aux principes de base des relations internationales, à savoir : un Etat = une voix. Par cette simple équation on ne fait que respecter les lois élémentaires de la démocratie.

Cette Constitution comme le traité constitutionnel doit être mis en forme par un « conseil des sages » indépendants qui grâce au réseau internet ferait participer l’ensemble des citoyens à la réflexion. Ce travail de fond et ce formidable défi qu’est l’élaboration d’une constitution mettrait l’Europe dans la vie quotidienne. La participation de chacun pourrait déboucher sur les débuts d’un civisme européen. Cela suppose des réformes difficiles au niveau de l’Union Européenne comme au niveau des pays membres, avec pour ces derniers, comme conséquence, des réflexions à engager sur une nouvelle répartition territoriale des pouvoirs. Les moyens, pour nous autres européens, de compter dans le jeu géopolitique mondial, passent d’abord par une réorganisation de nos institutions. Deux objectifs se montrent à nous : la redéfinition du fonctionnement de la Commission Européenne et la recherche d’un nouveau processus de prise de décisions au Conseil des Ministres ou Conseil de l’Union Européenne. Le Traité de Lisbonne va dans ce sens.

Cette rénovation d’un cadre politique de l’Union ne sera pas une tâche facile. A l’intérieur même de l’Europe des 27, comme nous l’a montré l’échec de la ratification du Traité Constitutionnel et comme le souligne aujourd’hui les difficultés de la ratification du Traité de Lisbonne, les adversaires ne manquent pas. De plus, l’élaboration d’un noyau dur ne sera pas bien accueilli par les pays candidats, ils se sentiront en effet devant un obstacle supplémentaires. Parallèlement certains pays d’Europe Centrale et Orientale montreront des réticences à intégrer une Union trop fédérale alors qu’ils ont été sous la domination de l’URSS et qu’ils manifestent donc un souci légitime de garder une indépendance récemment retrouvée.

Nous devons donc, là aussi, initier un véritable débat politique autour de l’Union, débat qui doit viser à expliquer et faire participer tous les Etats comme l’ensemble des citoyens pour ne pas les exclure. Nous pourrions proposer, grâce aux principes exposés plus haut dans les idées d’une Constitution, aux états candidats une place de membre associé à la Chambre des Nations. Nous pourrions ainsi grâce à une constitution mettre en place des aménagements qui pourraient tourner autour de différentes formules allant de membres associés à membre à part entière.

Devant les enjeux stratégiques du XXIème siècle, une construction politique de l’Europe est nécessaire, les nouveaux défis ne peuvent être simplement gérés par des Etats isolés, ni par un système de coopération inter-gouvernementale.

Au centre le « Noyau Dur », régi par une Constitution dont les membres font partie de l’Union Européenne et qui participent aux politiques communes de sécurité interne (Schengen) et externe (Défense) ainsi qu’à la zone Euro. A la première périphérie, les pays membres de l’Union Européenne mais qui ne souhaitent pas adhérer à l’Union Politique. Enfin, un dernier groupe correspondrait aux pays candidats et/ou membres associés.

Ce « Noyau Dur » serait le moteur de l’ensemble. Cette intégration à géométrie variable a le mérite de proposer une construction pragmatique de l’Union Européenne. Chacun des Etats peut ainsi s’adapter à son rythme aux exigences de l’admission dans l’organisation politique ou décider de ne pas y adhérer. Par l’élaboration de ces 3 « familles », on va de l’intégration totale à l’influence soutenue.

Olivier VEDRINE

LE RETOUR DES VIEUX REFLEXES ?

Les résultats des élections européennes se caractériseront-elles par la grande victoire des extrêmes ? La crise économique poussera-t-elle les citoyens européens à se tourner vers des solutions simplistes d’un autre temps ? Dans ses Etats membres l’Union Européenne voit réapparaître des mouvements de replis identitaires. L’économie florissante de la croissance n’a pas effacé ces anciennes dérives, l’Union politique nous apparaît là encore plus que souhaitable.

L’Europe a été pendant 50 ans paralysée par la Guerre Froide et par l’occupation de l’Europe de l’Est par l’URSS. Après la chute du modèle soviétique, ce fut l’explosion de la Yougoslavie, ce conflit a jeté tout le sud-est des Balkans dans une guerre fratricide pendant plus de dix ans. Il a fallu l’intervention de l’OTAN et de la communauté internationale pour mettre fin à cette tragédie. Cette guerre a été provoquée par l’utilisation des différences ethniques et religieuses par des politiques à des fins d’ambitions personnels.

A l’intérieur de l’Union Européenne le retour du nationalisme en politique s’explique souvent par une peur de la perte d’identité nationale avec l’intégration européenne et surtout avec la mondialisation. Le manque de politisation du débat européen ces dernières années a aidé à alimenter ces frayeurs. Il devient donc urgent de proposer une vision politique pour l’Europe, un grand et noble projet de société.

Ce phénomène du retour des nationalismes n’a rien à voir avec l’extrémisme des années 30. Dans une premier temps, ces mouvements ne sont pas apparus dans les villes industrielles frappées par le chômage mais chez les « bons bourgeois » dans les régions prospères. On y trouvait des petits patrons et des ouvriers de PME dynamiques ou des employés du secteur du tourisme qui représente une activité économique lucrative. Déjà ce « nouveau poujadisme » ne voyait dans la redistribution à l’échelle de l’Etat ou de l’Europe que gaspillage et exploitation abusive de son travail. A l’époque « L’extrême droite exploite l’égoïsme d’un électorat de nantis qui cherche à défendre ses privilèges et se soucie peu de solidarité ». (Vincent de Coorebyter, directeur du centre de recherche et d’informations sociopolitiques).

Ces mouvements sont nés pendant une époque économique prospère. Qu’arrivera-t-il si la crise que nous traversons perdurait ? Si l’Union Européenne ne répondait pas aux attentes des citoyens des états membres ? L’éclatement ?

Il faut tout d’abord répondre de manière collective et européenne à cette crise avec une explication très pédagogique des décisions prises à l’usage des citoyens et parallèlement créer un désir d’Europe : l’Europe doit faire rêver !

Comment faire rêver pour faire adhérer ?

« Un facteur psychologique important contribuait aussi à la puissance impériale : aucune affirmation d’identité ne pouvait rivaliser avec le civis romanus sum (« je suis citoyen romain »), source de fierté et d’aspiration pour beaucoup. Finalement concédé aux sujets non romains de naissance, le statut convoité de citoyen exprimait une supériorité culturelle qui faisait de l’expansion de l’empire une véritable mission. Partout où elle s’imposait, la loi de Rome trouvait ainsi sa légitimité et incitait ceux qui la subissait à désirer l’assimilation dans les structures impériales. La supériorité culturelle, évidente aux yeux des maîtres et admise par les sujets, renforçait l’ordre établi » (Zbigniew Brzezinski : le Grand Echiquier, l’Amérique et le reste du Monde).

Cet empire, un des berceaux historiques de l’Europe, avait proposé au monde un projet de civilisation fédérateur. L’Union Européenne, sans reprendre une vision impériale, doit pour les citoyens de ses Etats membres élaborer une nouvelle société afin de fédérer. Un projet de société humaniste pourrait alimenter la réflexion et l’élaboration d’une constitution. C’est pour notre continent une chance à saisir dans un monde qui devient multipolaire. Il existe déjà plusieurs modèles de développements et de sociétés et l’objectif est avant tout de bien vivre ensemble. L’Union Européenne pourrait proposer un projet qui combatte la précarité (essentiel en période de crise!), qui respecte l’environnement et permet à chacun de ses citoyens de s’épanouir dans sa propre recherche du bonheur. Nous devons admettre de façon pragmatique que l’économie de marché est la seule qui fonctionne, mais il faudra comme nous le montre la crise actuelle, la repenser afin que l’économie serve l’homme et non l’inverse.

Espérons que le destin de l’Union sera différent de celui d’une Ligue grecque de l’antiquité, qui, le péril perse disparut, s’évanouissait.

Nous avons tous les moyens pour devenir une grande puissance capable de compter dans l’avenir du Monde et ainsi pour notre propre avenir. La volonté politique nous manque encore, la crise peut être une chance car elle peut imposer cette volonté politique. Le Traité de Lisbonne est nécessaire pour aller plus loin dans cette success story qu’est la construction européenne. Ensuite, une constitution serait l’aboutissement de ce long cheminement, elle aurait la même symbolique et la même puissance que celles proposées par la France en 1791 et par les Etats-Unis en 1787.

« Si, pour plaire au peuple, nous lui offrons ce que nous ne saurions approuver nous-mêmes, comment justifier notre ouvrage ? Levons un étendard auquel puissent se rallier tous les hommes sages et honnêtes. Le reste est dans la main de Dieu ». G. Washington – Mai 1787 à Philadelphie.

Ce désir d’Europe doit être l’un des grands objectifs des débats politiques autour des élections européennes, il créera la dynamique nécessaire pour la construction d’une Union Européenne citoyenne et s’opposera de manières efficaces aux dérives extrémistes de toutes sortes.

Olivier VEDRINE

Ce texte est également publié sur le site: http://blog.multipol.org/

FAUT-IL REFONDER LE CAPITALISME ?

En lisant les journaux, en écoutant la radio ou en regardant la télévision, on remarque l’abondance d’avis sur la crise que nous entamons et le grand nombre d’experts tous prêts à nous expliquer les disfonctionnements de notre économie de marché. Deux écueils me semblent devoir être évités dans tous ces raisonnements :

- le premier, celui de penser que nous sortirons de cette crise dans un ou deux ans, car elle n’est qu’un cycle d’ajustement conjoncturel ;

- le second, partant de bons sentiments, celui de « moraliser l’économie », et qui voudrait nous présenter la possibilité d’un changement radical de celle-ci pour aller vers de nouveaux lendemains radieux...

Le premier point de vue n’est plus très répandu, mais je crains que le second ne se développe. Il serait grave et dangereux de faire croire à des populations victimes des conséquences de cette crise que l’ensemble de leurs problèmes peut être résolu par l’application rapide de règles radicales pour une nouvelle économie soit disant plus humaine.

Si l’on veut être sérieux, c’est plutôt vers la définition même du capitalisme qu’il faut commencer à se tourner si nous voulons trouver une solution. Ce n’est pas la fin de ce système dont il nous faut parler, mais bien plus de sa refondation. Depuis les années 1980, la finance avait pris les commandes de l’économie et en avait virtualisé le fonctionnement (cf : les marchés des dérivés). Mais l’économie véritable n’est pas du virtuel, c’est du réel, c’est la valeur du travail. Je produis et je vends un bien qui existe : c’est le sens moral du capitalisme.

Ce n’est pas le financier qui doit tout seul faire marcher le système, par principe ce n’est pas sa vocation ; c’est sur l’activité de l’entrepreneur que tout repose. Les banques doivent revenir à leurs objectifs fondateurs : être au service de l’entreprise ! C’est là, l’unique moralisation de l’économie que nous pouvons attendre. Pas de promesses faciles, ce n’est pas le capitalisme qui gommera les inégalités sociales ou changera le système de santé, cela n’est pas son rôle et ne le sera jamais, cette fonction appartient à l’Etat et aux choix du Politique.

Mais cela ne signifie pas qu’il ne nous faille pas réfléchir à des adaptations du système aux enjeux futurs et au monde moderne. La nécessité d’un retour de l’Etat et/ou des Etats comme régulateurs sous des formes qu’il nous reste à définir m’apparaît nécessaire. Peut-être même la mise en place de New deals en Europe comme aux Etats-Unis peut être une réponse. Ce qui est certain, c’est l’impérative nécessité qu’il y a et qu’il y aura à bien gérer les conséquences de la crise. En effet, les échecs des politiques de relances seront autant d’arguments pour des politiques promouvant des solutions rapides et toujours désastreuses qui de protectionnismes en nationalismes nous amèneront à une conclusion qu’il nous faut éviter maintenant. Pour exemple, si l’Europe échouait dans ses politiques de relances, car seul l’Europe et l’ensemble de ses états peut pour le bénéfice de chacun d’eux faire face aux enjeux et non pas un état seul car il n’en a pas les moyens suffisant, donc si l’Union Européenne devait échouer, on peut facilement imaginer les arguments qui seront donnés à certains prometteurs d’idées radicales. Il pourrait en résulter la fin de l’Union Européenne. Au contraire, c’est peut-être là une chance pour l’UE d’apparaître, si elle réussit par ses décisions à lutter pour la protection de nos sociétés, comme un nouvel acteur important pour ses citoyens tout d’abord et ensuite pour le reste du monde. L’ensemble des outils pour faire face aux enjeux et problèmes futurs ne pourront être mis en place que par des coopérations entre les nations et/ou groupes de nations, peut être nous pourrons voir par cette conséquence inattendue de la crise, l’émergence d’une véritable communauté internationale.

Après le nécessaire retour de l’Etat dans l’économie et donc du Politique, il nous faut maintenant analyser quelles sont les possibilités structurelles de nos économies pour mieux apprécier les changements. Celles-ci commencent par la nécessité d’accentuer les investissements dans les secteurs de la recherche et aux profits des chercheurs. En effet, l’entreprise a besoin d’un produit à vendre et celui-ci vient en amont d’un processus de travaux et d’activités de recherches. Pas d’entreprises innovantes, solides et rentables sans une grande qualité de la recherche. Les produits de demain sont dans les laboratoires, les nôtres (ce qui est préférable) ou ceux de nos concurrents (ce qui l’est moins…). Là sont nos futurs bénéfices et donc nos futurs emplois. Ce qui va nous obliger aussi à investir dans les nouvelles technologies. La mutation du secteur de l’automobile, qui va traverser une crise semblable à celle de la sidérurgie dans les années 1970 et 1980, ne pourra se faire que par l’application de celles-ci : la voiture propre, moins consommatrice d’énergie et/ou entièrement construite en matériaux recyclables, remplie de nouveaux instruments de navigation.

Les efforts dans le domaine des énergies renouvelables sont aussi créateurs de richesses et d’emplois. La mise en place pour les habitations de nouvelles formes d’énergies (solaires, biomasse, géothermie…) sont autant d’entreprises à créer et donc d’emplois futurs. Les problèmes d’environnement nous demandent déjà des changements de modes de vie qui nous amèneront dans un futur proche à créer aussi des entreprises pour répondre aux besoins en matériaux nouveaux, en nouvelles énergies, pour de nouvelles façons de consommer.

Un autre point doit être abordé pour s’adapter à la nouvelle donne : le rôle des nouveaux acteurs comme forces de propositions, complémentaires des fonctions de l’Etat. En effet, par des instruments comme Internet et sa conséquence qui est une mondialisation de l’information, la Démocratie dans sa dimension de Gouvernance est en pleine mutation. Les citoyens ou les groupes de citoyens par les associations notamment mais aussi les ONG, les Fondations doivent et vont participer à la résolution de cette crise, surtout quand elle va rentrer dans sa phase sociale. Cela peut être pour nos sociétés un formidable renouveau démocratique et les débats qui s’en suivront seront porteurs de changements dans la gouvernance même des états. Il y a là avec l’ensemble de ces nouveaux acteurs et avec l’Etat, un grand débat d’idées où la place de la morale et de l’éthique dans l’économie et le capitalisme pourra être abordée.

Cette crise peut être une chance pour l’Europe. En effet, si celle-ci fait face, par une cohésion affichée de ses Etats membres, elle trouvera auprès de ses citoyens un écho plus que favorable. Elle entamera ainsi une nouvelle période de son histoire, où unie et solidaire, forte d’un grand espace de démocratie, d’une économie rénovée, elle pourra faire face aux défis et crises futurs et apporter dans un monde multipolaire sa voix et ses propositions.

Olivier VEDRINE

DIALOGUES DES CULTURES ET DES RELIGIONS: l'EXEMPLE DES « UNIVERSITES DE LA PAIX DE LOURDES ».

La chute du mur de Berlin et la fin de l’Union soviétique a annoncé la fin d’un monde bipolaire où s’opposaient deux idéologies : le communisme soviétique contre le capitalisme. La nature comme la géopolitique ayant horreur du vide, d’autres clivages sont apparus ou réapparus. Ils ne sont plus simplement idéologiques, comme au temps jadis, mais aussi identitaires, dans le pire des cas ethniques, nationalistes, religieux.

Dans ce nouveau monde contemporain, on peut remarquer la montée préoccupante de ces différents acteurs. Les facteurs moteurs d’une telle dynamique sont multiples et variés mais en premier lieu nous devons souligner l'ignorance, les préjugés, les simplifications arbitraires et mensongères. Ces attitudes destructives ne sont pas le propre de tel ou tel pays mais touchent des nations sur chaque continent. L’exemple des différentes crises dans les Balkans nous montre bien que même l’Europe doit se prémunir contre ces dérives.

Pour casser la barrière et l’obstacle de l’ignorance, il faut aller vers le dialogue dans le respect et dans une véritable et sincère compréhension mutuelle.

Avant d’aller plus loin dans mon écrit, j’aimerais revenir à la théorie d’Huntington pour mieux démontrer la nécessité du dialogue et / ou des dialogues. Il décrit dans son modèle conceptuel un nouveau fonctionnement des relations internationales après l'effondrement du bloc soviétique à la fin des années 1980 en démontrant des antagonismes entre les civilisations où le culturel et le religieux occupent une place centrale. Ce ne sont plus des nations qui s’opposent, comme aux XIXème et XXème siècles mais des civilisations ou des « espaces civilisationnels ».

Il y a des limites à une telle analyse : ce découpage du monde en différentes civilisations est arbitraire et l’auteur lui-même reconnaît quelquefois la faiblesse de certains choix d’espace civilisationnel. Quant à la civilisation musulmane par exemple, elle masque l’extrême complexité des différentes tendances de la religion et les éventuels conflits internes. Par la connaissance de l’autre que nous apporte le dialogue nous nous gardons de ces vues et analyses trop manichéennes.

Comme nous le montre l’histoire humaine, les civilisations ne sont pas imperméables les unes aux autres. Elles se sont toujours construites sur leurs capacités à intégrer des apports extérieurs et à échanger pour apporter et recevoir sans que cela ne débouche de façon automatique et implacable sur des conflits. Le métissage est aussi un autre phénomène de ces échanges inter-civilisationnels qui est porteur d’espérance. Une interprétation donc trop manichéenne comme celle d’Huntington de notre monde « post guerre froide », peut tout à fait légitimer des politiques qui auraient tendance à lui conférer une réalité : c’est la dérive des prophéties auto-réalisatrices.

Mais on peut remarquer que partout dans le monde, des individus, des groupes ont développé des aspirations pacifiques, démocratiques, et respectueuses des différences de chacun afin de favoriser l'ouverture des esprits sur l'extérieur. Défenseurs d’une diversité pacifique, constructive et harmonieuse, ils proposent des réflexions et des débats et participent à la constitution et à l'enrichissement d'une vision humaniste du monde.

Dans les pays multiethniques, ils développent un dialogue et une coopération culturelle entre différents groupes issus des communautés en présence. Ce sont les acteurs de véritables politiques de prévention contres des conflits futurs.

C’est le cas, par exemple, des « Universités de la Paix » de Lourdes.

Depuis l’année 2000 dans la ville pyrénéenne de Lourdes, se déroule un événement autour du thème de la Paix. Dans le programme de cette manifestation, on ne trouvait initialement qu’un grand concert au mois d’août. Depuis 2005, l’adjoint au Maire de Lourdes Michel Azot a pris la décision d’enrichir ce concert de deux ou trois journées de dialogue et d’échange entre les différentes cultures et les différentes religions. Ce qui nous amène à présenter la « Charte de Lourdes pour la Paix » qui cette année là a été signée par les délégations israélienne, palestinienne, tibétaine… Dans cette charte, on retrouve les principes fondateurs et des actions à entreprendre, je cite:

- le respect de la personne humaine et de la vie ;

- la connaissance de l’autre : ses racines, son histoire, sa culture, ses convictions ;

- l’organisation de rencontres et la recherche du dialogue.

C’est sur la base de ces trois principes que les « Universités de la Paix » actuelles ont vu le jour. Les prochaines se tiendront à Lourdes du 15 au 17 mai 2009.

Pour continuer sur le travail qui est mené à Lourdes, nous pouvons présenter la visite le 24 octobre 2008 d’un personnalité du gouvernement de Najaf , Ahmed al-Fatwi. Cette visite soulignait l’histoire exceptionnelle, la notoriété internationale et la vocation spirituelle pluriconfessionnelle de la ville de Lourdes. Pendant les échanges qui s’en sont suivis, il a été décidé de nouer des échanges entre nos deux municipalités. C’est la première fois qu’une ville dont la religion principale est l’islam aborde une volonté aussi nette de rapprochement. C’est une perspective qui pourrait permettre une approche déterminante du dialogue entre nos deux religions. En 2012, Najaf sera la capitale de la culture islamique. Cela pourra être l’occasion de rencontres, d’échanges, entre les deux cultures. Voilà comment deux villes sont déjà ensemble pour travailler pour la Paix.

Juste avant, du 13 au 15 septembre, la ville de Lourdes a accueilli le Souverain Pontife devant 180 000 pèlerins qui l’ont suivi depuis Paris ou qui s’étaient déplacés pour voir le « nouveau » Pape afin de l’écouter. Ce sont des paroles d’amour, d’espoir et de paix qui ont constitué l’essentiel des discours de Benoît XVI. « La puissance de l’amour est plus forte que le mal qui nous menace… ». C’est ce qu’a affirmé le Pape lors de sa messe pour les 150 ans des apparitions, le dimanche 14 septembre.

Je voudrais souligner d’autres faits porteurs d’espoir dans le dialogue entre le christianisme et l’islam comme la lettre des 138 sages musulmans envoyée à Benoît XVI ou la visite du roi Abdallah d’Arabie Saoudite au Saint Siège.

Il y a nombre d’autres initiatives du même type que celle de la ville de Lourdes, car beaucoup de personnes croyantes ou pas sont désireuses de dialogues afin de bâtir un monde plus pacifique. Si j’ai pris cet exemple, c’est parce que j’y ai participé et que je pense que l’on ne peut bien parler que de ce qu’on connaît. L’essentiel étant de tous travailler ensemble pour donner à nos enfants et aux générations suivantes un monde plus beau.

Olivier VEDRINE

PS : Je tiens à remercier la ville de Lourdes et la société italienne de communication MAB.q (Paris, Milan, Rome) pour m’avoir envoyé le premier numéro de la Newsletter des « Universités de la Paix de Lourdes », ses articles m’ont aidé à vous présenter cette manifestation.

LA PAIX DANS LA DIVERSITE

La naissance de l’Union Européenne s’est faite suite à deux guerres mondiales entre la France et l’Allemagne. Il a fallut pour continuer sa construction réunir d’autres anciennes nations qui elles aussi avaient connus entre elles bien des conflits. Le choix du respect culturel et de l’intégration des différences pour éviter d’autres crises et apaiser de douloureux souvenirs afin de bâtir une réconciliation, a été l’objectif premier. Il ne faut jamais oublier cette composante pour comprendre le message d’espérance de l’Union Européenne : s’unir pour vivre ensemble dans la paix.

Le continent européen et ses peuples ont été marqués dans l’antiquité par deux grandes cultures et civilisations : la civilisation grecque dans un premier temps et ensuite la civilisation romaine. L’empire romain est resté dans notre histoire comme un exemple de puissance et d’unité, de prestige et de grandeur. L’Union Européenne dans les débuts de sa construction regroupe déjà des cultures différentes : latines, germaniques et anglo-saxonnes. Avec l’ouverture à l’Est nous avons intégré les cultures slaves.

Maintenant se pose la question de l’adhésion de la Turquie et la possibilité pour l’Union Européenne d’apparaître comme un véritable modèle universel. Par l’intégration de ce grand pays musulman nous adresserions un formidable message de tolérance au reste du monde, et de ce fait nous mètrerions enfin un terme à cette théorie dangereuse du « chocs des civilisations ».

La coexistence maintenant acquise entre nos 27 pays est déjà exceptionnelle car inédite dans l’histoire de notre continent, si ce n’est jadis sous l’autorité d’empires autoritaires. Ce sont maintenant les nations et les peuples qui choisissent librement de s’unir pour bâtir un espace commun de vie dans la paix, la prospérité et la recherche du bonheur.

Nous devons maintenant ,et plus encore dans cette période de grave crise mondiale, nous poser la question du sens de l’action politique pour mieux comprendre cette dynamique et la continuer. Cette intégration de nations, de peuples et de différentes cultures est aujourd’hui d’une grande actualité géopolitique alors que l’on parle partout de multiculturalisme.

A l’heure où l’Europe de l’Ouest a rencontré celle de l’Est et où se pose maintenant la question d’aller vers l’Orient.

A l’heure où les grandes décisions qui vont engager l’humanité dans sa globalité doivent être prises, et cela, à l’échelle de notre planète, l’Europe a ici un message capital à proposer sans aucun impérialisme messianique ni conquérant, dans le respect et la tolérance des autres civilisations.

Lors de mes interventions devant mes étudiants je leurs dis toujours que l’Europe n’est pas seulement l’Union Européenne et je défends l’idée que c’est le Conseil de l’Europe et ses 47 Etats qui représente cette grande et belle Europe : de l’Atlantique à l’Oural ! Une Europe aussi large dans son étendue géographique que belle par la portée humaniste de ses idées. En effet, le Conseil de l’Europe n’a-t-il pas pour objectif de favoriser un espace démocratique et juridique commun, organisé autour de la Convention européenne des droits de l’homme ? N’a-t-il pas aussi pour but de promouvoir l’identité culturelle de l’Europe et sa diversité ?

On ne peut espérer meilleure institution pour commencer à travailler sur un véritable espace démocratique européen et sur la construction d’une grande Union Européenne !

Le choc des civilisations peut être évité puisque c’est une vue bien trop partielle et partialle de l’histoire. L’Union Européenne doit être pensée et organisée dans son sens politique comme un modèle d’universalité auquel on adhère librement, sans aucune contrainte extérieure.

Mais évitons l’angélisme et les dérives technocratiques, il faut partir du terrain et intégrer les citoyens dans des projets qui ne doivent pas être obligatoirement grandioses mais avant tout fédérateurs d’énergies collectives et de partages des compétences et des savoirs faire.

La question du pourquoi dans l’action politique doit toujours et régulièrement être posée car elle relève du sens; sans sens politique toute construction quelle qu’elle soit est condamnée et va à sa perte. Le sens fédère les énergies et donc canalise sur un objectif bien défini les actions des citoyens et des états. Le message du « vivre ensemble » des pères fondateurs de l’Europe doit toujours être mis en avant pour connaître et surtout ne pas oublier les fondements de la construction européenne et bien en comprendre le rôle dans son intégration des différentes cultures.

Ces différences, nos différences sont une richesse extraordinaire et un grand défi pour l’avenir. L’humanité est une et doit impérativement se penser comme telle, c’est le grand projet de notre siècle naissant. C’est là le message véritable de l’Europe. Aucun autre modèle ne s’est organisé en intégrant autant de cultures différentes. Si le modèle européen devait échouer, le message pour le reste du monde serait catastrophique. Nous avons donc le devoir, pour nos enfants et les générations à venir, de mener à bien cette belle et noble construction.

Olivier VEDRINE

LE COLLÈGE ATLANTIQUE-OURAL

council.jpgJ’ai voulu ouvrir mon blog avec un premier article fondateur et complémentaire de ma tribune : Quelles solutions pour une « Europe Puissance » ? La présentation de mon « think-tank » européen le Collège Atlantique-Oural s’est tout naturellement imposée. Sur ce blog il n’y aura pas seulement mes articles mais aussi ceux de ses membres ainsi que certains choisis dans nos réseaux pour leur qualité. Par ces différents travaux et les synthèses des débats en ligne « Le Collège » espère contribuer par des propositions réalistes à la construction d’une Europe dynamique, riche de son inter-culturalité, de sa diversité et assumant pleinement son rôle sur l’échiquier mondial. Je vous invite aussi après la lecture de ces articles à réagir aux analyses proposées. De même, les colloques et les conférences que sont organisés s’inscrivent dans une démarche volontaire afin de participer à la construction de l’Europe que nous désirons. Si l’Europe fut le théâtre du Siècle des Lumières, elle fut aussi celui de deux guerres mondiales, et certains drames récents ne sont que partiellement résolus; ces expériences doivent alimenter notre pensée afin d’élaborer une nouvelle conscience humaniste. Comme dans les salons du XVIIIème siècle, il nous faut débattre ensemble afin d’envisager notre monde de demain et prendre en main notre devenir.

DEONTOLOGIE

Le Collège Atlantique-Oural est apolitique, laïque et indépendant. Il ne défend aucun intérêt privé ni public. Si les différents courants de pensées actuels sont les bienvenus dans ses débats, ils ne sauraient suffire à sa réflexion car le Collège Atlantique-Oural recherche avant tout la diversité et l’ouverture afin de proposer des analyses rigoureuses et impartiales.

Le Collège Atlantique-Oural refuse tout lobbying extérieur, persuadé que l’Europe doit grandir dans l’indépendance, forte de ses valeurs humanistes et de la richesse de ses peuples qui ont le droit et le devoir de participer à sa construction .

PARTENAIRES ET SERVICES

Les principaux partenaires du Collège Atlantique-Oural sont les Organisations internationales et les ONG, les organismes publics et privés, les centres de recherche, les universités, les grandes Ecoles et les instituts. En collaboration avec ces partenaires, le Collège Atlantique-Oural travaille sur des questions géopolitiques européennes et internationales.

Olivier VEDRINE Président

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