VERS L'EUROPE PUISSANCE

Parmi toutes les interrogations que suscite actuellement l’Union Européenne, il y en a une à laquelle nous devons répondre en priorité, car d’elle découlera la réponse à beaucoup d’autres : nous devons nous demander si nous désirons que l’Europe devienne véritablement une puissance. L’histoire de la construction de l’Union a commencé il y a plus de 50 ans. Nous avons achevé la construction de l’Europe économique avec l’Union monétaire, mais l’Europe politique reste à réaliser. Les Pères Fondateurs avaient imaginé un développement plus rapide, mais la véritable question demeure : pourquoi cette peur et cette tiédeur vis-à-vis de l’Union politique? L’abstention, traditionnellement importante lors des élections européennes, traduit davantage le manque de politisation du débat européen qu’un réel désintérêt des populations, qui semblent au contraire chercher un sens à cette construction. L’Union européenne est aujourd’hui à un tournant de son histoire, et son avenir dépendra largement de la façon dont nous répondrons aux deux grands défis qui se posent à elle actuellement : d’une part le blocage des institutions, que l’élargissement à l’Europe centrale et orientale a singulièrement aggravé, et d’autre part le « blocage des esprits », dont témoignent les cinglants “Non” français et néerlandais au Traité Constitutionnel en 2005. Un autre défi découle des écarts (économiques, politiques et culturels) entre les différentes sociétés qui composent l'Union, d’autant plus difficiles à résoudre qu’ils se doublent d’un vide d’idées et de débats. Ce manque de débats n’est-il pas la clef de notre impuissance?

Les conflits et la reconstruction des Balkans sont un excellent test pour l’Europe. Les Balkans sont un laboratoire d’Europe où plusieurs peuples, religions et cultures sont représentés sur un territoire de quelques milliers de kilomètres carrés. Nous avons vu les conséquences désastreuses de l’utilisation de ces différences par les nationalistes en vue d’une prise de pouvoir. Il est temps d’accepter notre diversité et de la défendre afin de trouver un modèle qui soit le fruit des valeurs que nous partageons, un modèle suffisamment souple pour intégrer les différences nationales, mais suffisamment volontaristes pour permettre à l’Europe de sortir de l’immobilisme actuel. « Nous, les peuples d’Europe »

Il ne faut pas oublier, et il faut rester convaincu que nos différences sont la source d’une richesse de réflexion pour l’Europe. Aussi, l’expérience des Balkans nous montre qu’il est primordial de se prémunir des attaques à cet égard, qu’il est important de préserver notre diversité culturelle et de faire en sorte qu’elle ne soit plus utilisée par certaines formations politiques nationalistes à des fins de pouvoir. C’est pourquoi nous devons dès à présent instituer cette diversité et la mettre en avant dans une future Constitution européenne. Nombre de documents officiels emploient la formulation « Nous, le peuple de… ». Mais dans le cas de l’Europe, nous ne devrions pas hésiter à énoncer maintenant : « Nous, les peuples d’Europe… ». Cette expression ne signifie pas que l’Europe doive abandonner son unité, loin de là, mais qu’elle construit son unité autour de sa diversité, dans une réflexion dynamique. L’autre écueil à éviter est celle d’une Europe unie ponctuellement, solidaire autour d’une crise mais incapable de se souder dans la durée. L’histoire de notre continent est jalonnée de courtes alliances contre des périls divers, l’héritage féodal a perduré dans l’inconscient de nos nations. Il est maintenant temps de mutualiser nos forces. « Nous, les peuples d’Europe » sommes justement unis pour garantir la particularité et l’unité de l’Union Européenne autour d’un certain nombre de principes que nous allons tenter de définir maintenant. Les moteurs de l’Europe puissance : les 3DS

Etre citoyen européen, c’est se référer aux 3DS : Démocratie, Dialogue, Droits de l’Homme et Solidarité, valeurs qui constituent un des moteurs de la puissance européenne. Pour devenir une Europe puissance capable de faire contrepoids à celle des Etats-Unis, il est nécessaire de s’affirmer dans quatre domaines : militaire, économique, technologique et culturel. Le pouvoir américain relève à la fois du hard power (la puissance militaire : première armée du monde) et du soft power (la puissance douce : économique mais aussi culturelle, dont Hollywood, véritable machine de guerre, en est un des symboles) qui ensemble concourent à faire de ce pays une puissance globale. C’est pourquoi l’Union Européenne doit se prémunir contre la fuite des cerveaux et mettre en place rapidement une politique de protection de sa matière grise. Il est très grave de constater que la recherche est un peu l’enfant malade de l’Europe. L’aspect culturel n’est pas moins important : c’est une définition de ce que nous sommes. Et nous ne sommes pas seulement une entité économique. Pour devenir une puissance globale, encore faut-il avoir un chef et donc une union politique. Le projet de traité constitutionnel nous offrait la possibilité d’avoir un ministre des Affaires étrangères. Et ce n’est pas accessoire : tant que nous n’avons pas de représentant à l’échelle du monde, nous ne pouvons pas parler d’une dynamique de puissance. Enfin, ce qui fait aussi une grande puissance, c’est une société : c’est l’envie d’adhérer à un modèle. On parle de l’American way of life : à notre tour de promouvoir l' European way of life, en essayant de trouver dans notre culture, chez nos philosophes ou dans ce qui nous définit, les idées pour créer un nouveau modèle de société. Bâtir un rêve européen est essentiel, car nous ne pouvons créer une défense si nous n’avons pas au départ une envie de vivre ensemble avec les mêmes projets. Ce modèle est à construire et je pense qu’il y a là encore un déficit de débat. Qu’est ce qui a permis à la révolution française de réussir ? C’est le grand souffle, l’élan donné au monde par ses idées : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Les hommes, du statut de sujets se retrouvèrent citoyens et donc maîtres de leur destin individuel et collectif. Les victoires militaires qui sauvèrent la jeune république furent certes le résultat de ses armées, mais surtout celui de ses valeurs dont chaque soldat était une épée. Une constitution est donc nécessaire. Elle serait la première marche d’un Rêve européen qui reste à bâtir, à partir de nos singularités. Le fameux « modèle social européen » en est un bon exemple, qui constitue une alternative crédible au modèle américain. Les freins de l’Europe puissance

L’Europe puissance connaît cependant certains freins qui s’inscrivent dans notre mémoire collective, voire notre inconscient collectif – mais que nous pouvons aujourd’hui largement dépasser. « Il est temps de se libérer des libérateurs » : En effet, de même que l’Europe de l’Est s’est libérée de l’Union soviétique, nous devons, nous aussi, nous affranchir de tous les modèles extérieurs, et sortir de ce complexe d’infériorité qui nous paralyse. Au lieu de renoncer à notre avenir, nous devons le prendre en main. Le deuxième obstacle est le retour du nationalisme et des régionalismes : dans les Balkans, où il a coûté quelques centaines de milliers de vies. Mais aussi en Autriche, en Roumanie, et récemment en Pologne, où l’on a pu observer une résurgence des discours nationalistes. La France n’est pas en reste, qui a voté Le Pen en 2002 puis Non au Traité constitutionnel en 2005. Il y a réellement une peur, accentuée par le manque de débat. Ce qui se traduit par des replis identitaires, régionaux et nationaux. La peur a gagné la première bataille, ne lui laissons pas gagner la dernière! Malgré les freins à l’Europe puissance, il n’en demeure pas moins qu’un certain nombre de projets ont réussi à se mettre en place grâce à l’Europe, et notamment ses fonds structurels. Des pays comme l’Espagne ou le Portugal ont connu un véritable développement économique et sociétal grâce à ces fonds. On peut dresser un bilan positif de cette Europe de projets économiques, qui a donné envie à 12 pays de nous rejoindre pour participer au projet d’union économique. Un certain nombre de « grands travaux » restent à effectuer cependant, mais dans le domaine politique et social cette fois. Des moyens sont affectés dans les domaines de l’éducation et de la formation mais il reste beaucoup à faire. La nécessité d'une union politique

L’Union avait confirmé, au sommet de Nice, sa volonté de s’élargir à partir de 2003 aux pays qui avaient satisfait les conditions d’adhésion. Nous sommes maintenant 27! Toutefois, il faudra bien se poser la question, jamais résolue pour le moment,

des frontières géographiques de l’Europe. Si nous ne pensons pas à l’élaboration d’un « noyau dur » comme avant-garde de l’Union politique et locomotive de l’intégration, nous aurons à déplorer la dilution de la Communauté dans une Union élargie.

La pression de l’élargissement aurait dû faire faire à l’Union Européenne un saut qualitatif qui lui aurait permis d’intégrer les nouvelles adhésions dans un cadre institutionnel remanié par un renforcement des politiques communes. Par une profonde rénovation institutionnelle, par l’élaboration d’un noyau dur, nous éviterions les blocages accumulés depuis la signature du Traité de Maastricht et nous cesserions de condamner l’Europe à l’impuissance. Nous échapperions à une crise qui, révélant nos faiblesses, pourrait bien déboucher sur une régression et peut-être même sur la dislocation de la construction édifiée depuis 1957.

Toutefois, l’idée d’un noyau dur n’est pas bien accueillie par certains pays. Peut-être les nouveaux membres montreront-ils des réticences à intégrer une Union fédérale, alors qu’ils viennent juste de sortir de la domination de l’URSS. Nous devons, là aussi, initier un véritable débat politique autour de l’Union, débat qui doit viser à expliquer et faire participer les Etats et les citoyens. Devant les enjeux stratégiques du XXIème siècle, une construction politique de l’Europe est pourtant nécessaire : les nouveaux défis ne peuvent être gérés par des Etats isolés, ni par un système de coopération intergouvernemental. Ce dernier a montré ses limites en ex-Yougoslavie. Nous devons véritablement organiser la construction de l’Europe politique par paliers successifs.

Au centre, quelques états qui auraient choisis d'aller plus loin dans l'union politique, régis par une Constitution. Les membres de ce petit groupe feraient partie de l’union européenne et participeraient aux politiques communes de sécurité interne (Schengen) et externe (Défense). En plus, ils géreraient en commun les affaires étrangères et l’économie. A la première périphérie: les pays membres d’une simple zone de libre-échange. Certains Etats de cette zone pourraient toutefois choisir de participer aux politiques communes, notamment en matière de sécurité (PESC). Enfin, un dernier groupe correspondrait aux pays candidats à classer selon les critères de l’Europe politique. Ce “noyau dur” serait le moteur de l’ensemble. Cette intégration à géométrie variable a le mérite de proposer une construction pragmatique de l’Union Politique. Chacun pourrait s’adapter à son rythme aux exigences de l’admission dans l’organisation fédérale. On irait de l’intégration totale à l’influence soutenue.

L’Europe doit proposer une civilisation fédératrice et l’élaboration d’une nouvelle société. Sa constitution doit s’inscrire dans cette démarche si elle veut mieux être comprise et acceptée. Partout dans le monde, des peuples sont à la recherche d’un autre modèle que celui des USA. C’est pour notre continent une chance historique à saisir. Beaucoup de nations commencent à ne plus vouloir l’aide américaine, qui bien souvent ressemble à une mise sous tutelle de Washington. La guerre en Irak a accentué ce rejet. Il doit exister plusieurs modèles de développements et de sociétés dans notre monde, pour que chacun trouve sa place. Nous devons proposer un projet qui combatte la précarité, qui respecte l’environnement et permettra à chacun des citoyens de s’épanouir dans sa propre recherche du bonheur. Nous devons admettre de façon pragmatique que l’économie de marché est la seule qui fonctionne, mais que l’on peut l’aménager pour que ce soit l’économie qui serve l’homme et non l’inverse.

Espérons que le destin de l’Union sera différent de celui d’une Ligue grecque de l’Antiquité, qui, le péril perse disparu, s’évanouit. Nous avons tous les moyens pour devenir une puissance géopolitique. L’avenir nous le demande par les défis qu’il nous propose. Nous devons construire une société européenne plus humaniste et faire naître par ses valeurs une dynamique fédératrice. Une constitution est l’élément nécessaire pour débuter toute union politique. Les groupes de penseurs européens et le Collège Atlantique-Oural

Il y a un manque réel de think-tank en Europe. Un think-tank pour être efficace doit être transversal, non élitiste, pour véhiculer des courants d’idées. Ainsi, il n’y a pas une idée qui s’impose, mais des idées qui se discutent. Les think-tank doivent exister en Europe pour être de véritables sources de propositions, alimentées par la transversalité même de leur composition. Par transversalité, on doit comprendre une transversalité générationnelle, professionnelles, sociale, politiques… Transversalité, également, dans les sujets abordés (monde économique, associatif, militaire, universitaire, artistique etc..) Comme les think tank anglo-saxon, nous devons englober tous les types de personnes, de l’artiste au chef d’entreprise en passant par les universitaires ou les militaires. Le Collège Atlantique-Oural a pour vocation d’examiner les questions liées aux enjeux de nos sociétés modernes, par le biais de débats et de travaux communs réunissant toute la richesse humaine de l’Europe. Plusieurs nationalités y sont ainsi rassemblées et partagent la volonté de trouver une voie commune à travers l’expérience de chaque nation européenne ainsi que celle des nations liée à l’Europe, et la volonté de faire interagir les diverses perspectives culturelles en présence. Richesse humaine aussi parce que le Collège rassemble différentes personnalités: cadres d'entreprises, militaires, diplomates, universitaires, artistes, étudiants… Tous participent à élargir le projet d’une défense commune fondée sur le principe des « 3DS » (Démocratie, Droit de l’homme, Dialogue, Solidarité) et tous travaillent à mieux cerner les enjeux, les défis, les attentes et les possibilités de cette vision. Le Collège vise à diversifier ses activités et à les rendre plus récurrentes. Aussi, il travaille actuellement à la mise en place d’un site Internet. Grâce à ce système, le Collège espère pouvoir rapidement mettre en place de nouvelles activités entre ses membres afin d’enrichir davantage ses réflexions. Le Collège Atlantique-Oural a ainsi la perspective de se développer vers un véritable « think-tank » européen, non pour imposer ses vues mais au contraire pour en penser la complexité et pour établir des propositions valables pour l’Europe de demain. Si l'Europe fut le théâtre du Siècle des Lumières, elle fut aussi celui de deux guerres mondiales et certains drames récents ne sont que partiellement résolus; ces expériences doivent alimenter notre pensée afin d'élaborer une nouvelle conscience humaniste. Comme dans les salons du XVIIIème siècle, nous voulons débattre ensemble afin d'envisager notre monde de demain et prendre en main notre destin.

Olivier VEDRINE Professeur à l’Iéseg School of Management, Université Catholique de Lille Conférencier de la Commission Européenne (TEAM-EUROPE France) Président du Collège Atlantique-Oural

VOYAGE EN UKRAINE

C’est un petit matin clair et frais sur la Place de la Concorde, dans Paris les boulangeries sont déjà ouvertes, certains bars accueillent leurs premiers clients et quelques voitures circulent sur les Champs-Élysées. En ce mois de juin 1994, je charge un lourd sac de sport dans le grand coffre ventral d’un bus qui stationne prêt de l’obélisque. Ma destination est une ville au fin fonds de l’Ukraine, une ville qui porte le nom de Gorlovka. Avec tout juste 80 dollars en poche, un billet de bus aller-retour et quelques adresses pour m’accueillir en chemin, je vais commencer un périple d’environ 4000km à travers une partie du continent européen. Mes compagnons de voyage sont pour une large part des citoyens ukrainiens qui repartent au pays après un visite en France et quelques Globe-trotters qui comme moi veulent découvrir ce monde de l’autre côté de l’ancien rideau de fer. Le Mur de Berlin est tombé il n’y a que cinq ans et ces pays autrefois coupés de l’Europe de l’Ouest n’ont pas encore eu le temps de changer. J’ai 25 ans et un an auparavant j’ai participé à mon premier rapport international, c’était pour l’UNIDIR (l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement), avec une contribution sur le Triangle de Visegrad avant que celui-ci ne devienne un carré… avant la partition de la Tchécoslovaquie.

Nous quittons Paris, direction l’Allemagne puis la Pologne, le voyage qui doit m’amener à la ville ukrainienne de Lvov proche de la frontière polonaise va durer plus de 24hs dans un bus où l’espace se partage entre les voyageurs, les bagages et un ensemble de provisions alimentaires pour survivre au petit périple. A Lvov, j’ai prévu de passer quelques jours chez l’habitant avant de prendre un train pour Kiev où je ferai aussi une étape et enfin le train pour Donetsk et ensuite Gorlovka. Ma feuille de route est bien préparée, j’avais pris soin de l’organiser avec l’aide d’amis universitaires. Je voulais connaître le terrain de cette Europe que j’avais étudiée dans les livres ou sur laquelle j’avais écris. Cette envie fut renforcée par mon travail pour l’UNIDIR et il y avait ce vent de liberté qui soufflait sur notre continent, le « Mur » était tombé. Alors quand on a 25 ans, qu’on est totalement romantique dans son appréciation du monde, on ne peut que faire ses bagages et partir pour « sa conquête de l’Est » !

Nous traversons l’Allemagne et les véhicules militaires américains, encore nombreux, nous montrent bien que le temps de la guerre froide n’est pas loin. Nous arrivons en pleine nuit à la frontière polonaise, la demande des passeports est rude et les douaniers rustres et froids me semblent tout droit sortir d’une BD de Black et Mortimer. De ma place dans le bus, je regarde dehors par la fenêtre et je vois des immeubles anciens et sales, on aurait dit un de ces vieux films en noir et blanc des années 40. L’ambiance est spéciale, hors du temps. Les formalités terminées et les douaniers partis, je me rendors. Petit déjeuner sur le pouce au bord d’une route polonaise en face d’un immeuble stalinien comme l’URSS en avait le secret de fabrication et c’est ensuite l’arrivée à la frontière ukrainienne et enfin Lvov. Pendant le voyage un vieil homme me parle de l’occupation allemande et du temps de l’URSS.

Mon arrivée à Lvov se fait sur un parking dans un endroit froid et neutre de la ville. Ma correspondante m’attend pour m’amener vers la première étape de ma traversée de l’Ukraine. Elle me reçoit avec son mari et leur très jeune fils dans un ancien et joli petit appartement de la vieille ville. La joie qu’ils ont de m’accueillir me touche, c’est le sens de l’hospitalité des gens de l’Europe de l’Est. Les temps sont pourtant économiquement difficiles mais ils sont heureux des moments que nous partageons pendant les visites de la ville et les repas pris ensemble. Jamais rien ne manquera pour me faire plaisir et pourtant la vie est dure pour ce jeune couple. C’est l’héroïsme simple des gens vrais. Ce sera d’ailleurs toujours le même accueil à toutes les étapes de mon voyage. Mes déplacements dans cette ville me feront découvrir une cité à l’architecture ancienne et germanique. On est dans un endroit qui n’a pas bougé depuis le début du XXème siècle, des impressions d’Empire Autro-Hongrois et de vieilles cartes postales. Puis après quelques jours, il faut continuer plus à l’Est, direction Kiev.

Mon billet pris à la gare en fin d’après-midi, je me retrouve ensuite dans un compartiment confortable qui me rappelle les vieux wagons des films de Michel Audiard , banquette en sky marron et bois vernis. Je m’aperçois que je vais devoir voyager avec un solide officier de l’armée Ukrainienne. Les premières minutes de ce face à face avec mon « camarade » passager sont de celles que l’on qualifie « de grand moment de solitude ». Mais nous sommes en Europe de l’Est et les règles de l’hospitalité reprennent très vite le dessus, le militaire sort une bouteille de vodka, des oranges, des gâteaux secs ukrainiens (je n’en ai jamais vu ailleurs) et des spécialités alimentaires locales, il me demande ensuite de bien vouloir partager avec lui ce charmant dîner. Quelques bavardages et une bouteille de vodka plus tard, je m’endors en prenant bien soin de poser ma tête sur mon sac de sport dans lequel j’avais caché mes quelques dollars : la confiance n’exclut pas le contrôle de soi et de son environnement… Après une nuit passée dans le train, les 14 heures de trajets à travers les grandes plaines d’Ukraine nous amènent à Kiev.

A la gare de cette grande capitale on m’attend pour me conduire à l’appartement où je vais rester quelques jours, le temps de visiter la ville. La dame qui me reçoit est une femme âgée, veuve d’un haut fonctionnaire de l’époque de l’URSS. Mon guide pour visiter Kiev s’appelle Svetlana, magnifique jeune femme au type slave, aux yeux clairs et avec une éducation et une gentillesse remarquable. Elle me fera visiter et aimer cette belle ville. Nous irons ensemble à la Cathédrale Sainte-Sophie du XIème siècle, remaniée dans un style ukrainien baroque au XVIIIème siécle, magnifique architecture byzantine. Cet édifice religieux est constitué de cinq nefs, de cinq absides et de treize coupoles (ce qui est rare dans l’architecture byzantine). A l’intérieur on peut y voir de magnifiques fresques et mosaïques du XIème siècle et une représentation de la famille de Iaroslav le sage. La cathédrale a été la nécropole des premiers souverains de la Rus’ de Kiev, il ne reste plus aujourd’hui que la tombe de son fondateur Iaroslav le sage. Ce Grand Prince de Kiev est le père d’Anne de Kiev qui deviendra Reine de France par son mariage avec Henri Ier Roi de France. Svetlana m’amène voir le tombeau de Iaroslav, on dirait un tombeau de géant. Nous visiteront aussi ensemble la monumentale Grande Porte de Kiev chère au compositeur russe Moussorgski, un édifice reconstruit à l’endroit et à l’identique du model original du XIème siècle. Je me souviens de l’impressionnante statue du Grand Prince Vladimir tenant une grande croix, postée en majesté sur les hauteurs d’une rive du Dniepr. En contre bas, on pouvait voir le fleuve dans lequel il baptisa en 988 le peuple Rus’, à partir de ce moment-là devait commencer l’histoire d’une grande nation européenne: la Russie. Mon étape à Kiev va durer quelques jours, il va me falloir prendre le train pour Donetsk et ensuite Gorlovka.

Mon voyage pour Donetsk va durer plus de 17 heures, la faible vitesse du train me donne l’impression que l’on va s’arrêter à chaque instant. Je pars en fin d’après midi et je ne suis pas seul dans le compartiment, je le partage avec des cadres d’entreprises du pays et l’ambiance est chaleureuse et sympathique.

Arrivée à Donetsk, une voiture m’attend et m’amènera à 40km au nord-est, dans la ville de Gorlovka. Je découvre une ville industrielle aux larges avenues bordées de rangées d’immeubles froids et gris. Ces habitations que l’URSS avait construites et dont la standardisation traduisait la rigidité totalitaire d’un régime policier. Des cubes placés à côté d’autres cubes et le tout faisait des quartiers et à partir de plusieurs quartiers on obtenait une ville, qui était quadrillée par de larges avenues débouchant sur des places immenses décorées de statues de Lénine et de héros de l’Union Soviétique. Gorlovka était l’une de ces villes modèles avec plus de 325 000 habitants à l’époque, maintenant ils sont environ 270 000. C’était une ville historiquement minière, placée au cœur du bassin houiller du Donbass, la citée était née de l’extraction de la houille. La ville avait aussi développé d’autres activités industrielles notamment dans le secteur de la chimie, d’ailleurs une énorme usine chimique faisait partie du décor urbain. Je suis logé seul dans un appartement confortable. Une dame d’un certain âge, très cultivée et très sympathique, professeur au département de français de l’université des langues sera mon guide. Je fais connaissance avec plusieurs professeurs d’université et je donne une intervention dans une classe à des étudiants. Je serai aussi invité à la remise des diplômes de fin de scolarité des professeurs de langues. Pendant mon intervention je rencontre Julia, beauté slave au charme foudroyant… et pour moi jouèrent les violons tsiganes… Pendant mon séjour une étudiante et son père vont m’amener visiter le monastère de Slavianogorsk , c’est un édifice religieux des XIVème et XVIème siècle. Nous partons en voiture en direction du sud-est de l’Ukraine et après quelques heures nous arrivons dans un paysage magnifique, verdoyant de prairies et de forêts sur un terrain couvert de petites montagnes. Le monastère est sur le flanc d’une gorge au milieu de laquelle coule une rivière. Je remarque, surplombant la gorge, une immense statue en béton à la gloire d’un héros de l’Union Soviétique. Je vais visiter le monastère accompagné d’un moine, j’assisterai à une partie d’un office religieux et serai invité à la table pour un goûter. Ce séjour à Gorlovka est la fin de ma traversée de l’Ukraine et je dois retourner après quelques jours vers Lvov et Paris.

Pour mon retour, je décide de prendre l’avion, les billets pour les trajets sur les lignes intérieures ne sont pas chers. J’arrive donc à l’aéroport de Donetsk et je vois que nous allons prendre un avion à hélices déjà assez ancien. Je demande à l’un des futurs passagers si cet appareil est bien le notre, il me rassure en me disant qu’il est ravi car il est à hélices et c’est bien plus sûr que les avions à réacteurs… Nous chargeons nous-mêmes nos bagages dans la petite soute à la queue de l’appareil et par une sorte d’escabeau nous entrons pour prendre place dans la « carlingue ». Au décollage mon hublot se met à vibrer et ensuite tout se stabilise pendant le vol. Nous ferons un arrêt à Poltava, lieu d’une bataille gagnée par les troupes du Tsar Pierre Ier de Russie dit Pierre Le Grand contre les troupes suédoises de Charles XII de Suède. J’ai eu le temps de voir l’arrivé à cet aéroport d’un haut dignitaire militaire accueilli par des officiels et des lycéens ou pionniers de la grande époque. On reprend l’avion et ce sera l’arrivée à Lvov et de Lvov je reprends le bus pour Paris.

Mes voyages pour connaître ces pays à l’Est du continent européen vont continuer, en 1996 ce sera la Russie avec sa capitale Moscou, en 2003 les Etats Baltes avec une visite en Estonie et ensuite l’Azerbaïdjan, la Turquie…

Olivier VEDRINE

Professeur à l’Iéseg School of Management, Université Catholique de Lille Conférencier de la Commission Européenne (TEAM-EUROPE France) Responsable du Energy & Sustainable Development Management MBA à l'IPAG Business School (Double diplôme avec Khazar University à Baku) Chercheur associé à UQAM (Canada) Président du Collège Atlantique-Oural Editeur de la revue européenne EUFAJ

PS : Le lien internet pour accéder au rapport UNIDIR auquel j’ai participé La transition vers l'économie de marché des pays L. Pilandon Mars 1994: http://www.unidir.ch/bdd/fiche-ouvrage-fr.php?ref_ouvrage=92-9045-087-8-fr Le lien pour accéder à l’introduction de ce même rapport: http://www.unidir.ch/pdf/ouvrages/pdf-2-92-9045-087-8-fr.pdf

Le premier numéro de la revue « European Union Foreign Affairs Journal » EUFAJ

Je vous envoie le lien internet pour lire le premier numéro de la revue trimestrielle « European Union Foreign Affairs Journal » dont je suis éditeur. Comme vous pouvez vous en douter, « Libertas » -Institut européen n'a rien à voir avec le mouvement Libertas irlandais. C'est un think-tank allemand pro-européen et dirigé par un ami Hans-Juergen Zahorka, chef éditeur de la revue EUFAJ, qui est un ancien député au Parlement européen et comme moi Conférencier de la Commission européenne (TEAM EUROPE). Ce journal est une coopération entre « Libertas » et mon think-tank le « Collège Atlantique-Oural ».

Dans ce premier numéro vous trouverez un article que j’ai écrit sur la Russie et ma chronique « Stand Point » qui sera présente à chaque numéro. Vous pourrez aussi lire une publicité du ENERGY AND SUSTAINABLE DEVELOPMENT MANAGEMENT MBA dont je suis responsable ainsi qu’une annonce de la parution de mon livre.

La France représente moins de 5% des envoies courriels pour cette revue, c'est une revue à vocation européenne et internationale.

Je vous laisse découvrir « European Union Foreign Affairs Journal » :

http://www.libertas-institut.eu/de/EUFAJ/no1_2009.pdf

Très cordialement,

Olivier VEDRINE

Union européenne et politiques énergétiques :

La politique énergétique de l’UE est basée sur des préoccupations relatives à la sécurité de l'approvisionnement énergétique, à l'investissement dans les infrastructures, aux dommages écologiques ainsi qu’à l’utilisation et à l'accès inégal de la population mondiale à l'énergie. La consommation énergétique continuera son développement rapide, les combustibles fossiles domineront encore le bouquet énergétique et la consommation des pays en voie de développement se rapprochera du niveau des pays de l'OCDE.

Des efforts en matière de nouvelles politiques énergétiques et le recours à des technologies plus propres permettront d’assurer quelques économies dans les besoins et d'encourager l’utilisation de carburants moins polluants en CO². L’industrie automobile investit déjà dans des axes de recherches soucieux de ces nouveaux objectifs politiques. Le rapport de l'OCDE prévoit que ces applications pourraient aboutir à stabiliser les émissions de gaz à effet de serre dans les pays de l'OCDE d'ici 2030.

L'UE envisage une politique énergétique qui tient compte des différentes considérations nationales. Parmi les propositions de la Commission européenne, il y a l'ouverture complète du marché, une politique renforcée des relations extérieures et des efforts à faire dans le domaine des énergies renouvelables. Cependant, il reste encore des divergences sur certains choix énergétiques notamment dans le domaine de l’énergie nucléaire. La Commission européenne propose différentes options pour concevoir une politique énergétique à l’intérieur de l'UE :

• Mettre fin au marché intérieur de l'énergie pour le gaz et l’électricité. Un régulateur européen de l'énergie pourrait être fixé pour discuter des questions se rapportant à la distribution transfrontalière de l'électricité et définir un code de réseau commun;

• Intensifier la solidarité entre les Etats membres, quand l'approvisionnement énergétique est en difficulté, grâce à la constitution de réserves de gaz en plus des réserves de pétrole existantes, mesures obligatoires en vertu de la législation européenne ;

• Diversifier la combinaison énergétique de l'UE tout en respectant les choix nationaux divergents sur les questions de cette politique énergétique. Une analyse stratégique régulière de la politique énergétique de l'UE détaillerait l'impact des politiques énergétiques nationales sur les autre pays européens, ce procédé pourrait donner le prétexte à son tour à des mesures communes en cas de conflit;

• En ce qui concerne la hausse des températures provoquée par le changement climatique, une nouvelle feuille de route pour les énergies renouvelables est proposée ;

• Un plan stratégique en ce qui concerne les nouvelles technologies dans le domaine de l’énergie afin de garantir aux industries européennes la domination du marché de ces nouvelles technologies;

• Une politique extérieure commune sur la question de l’énergie pour coordonner les relations avec les fournisseurs étrangers comme la Russie et l'OPEP. Cette politique comprend une liste de nouveaux pipelines et de terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) afin d'améliorer la sécurité des approvisionnements.

Une révision du dialogue énergétique entre l'UE et la Russie inclurait la signature rapide par la Russie de la Charte sur le Traité de l'énergie, convention internationale qui a été un sujet phare pendant le conflit sur le gaz entre la Russie et l'Ukraine en janvier 2006.

La politique énergétique pour définir les relations entre l’UE et les pays de l’ex-Union soviétique comme l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Turkménistan sera construite sur un renforcement de leur indépendance pour s’assurer de nouvelles sources d’approvisionnement énergétique.

Le rôle de la Russie sur les marchés énergétiques mondiaux définit dans une large mesure son influence géopolitique. Dans cette perspective, les secteurs pétroliers et gaziers deviennent plus que jamais les instruments de sa politique interne et externe, ils remplacent ou complètent, les fusées nucléaires héritées de la Guerre froide. La société gazière Gazprom est une pièce de choix de la politique extérieure russe de l’après-guerre froide. Elle est devenue la troisième plus grande entreprise mondiale. Les rêves de domination de Gazprom contrarient les Européens, particulièrement depuis que la société obtient des participations sur le marché de la distribution du gaz vers l’Ouest. Son désir de posséder toute la chaîne de l’énergie, de la production à la distribution, inquiète beaucoup. Ses contradictions irritent : grands adeptes du « marché » en Europe, ses dirigeants ne semblent guère pressés d’en appliquer les principes chez eux. Autrement dit, ils refusent de laisser les Occidentaux investir dans la production et la livraison des ressources en Russie. La Russie représente environ 44% des importations européennes en gaz (25% de sa consommation totale).

Les Etats membres les plus dépendants des approvisionnements auprès de la société russe Gazprom dans leur consommation totale de gaz sont : la Slovaquie (100%), la Finlande (100%), la Grèce (86,8%), la République tchèque (80,8%), l’Autriche (73,4%), la Hongrie (63,4%), la Pologne (50,2%) et l’Allemagne (44,9%). La France, pour sa part, se retrouve à 26,8%, légèrement en dessous de la moyenne de la zone UE, la Turquie et la Suisse sont à 28,3%.

Elle est le principal fournisseur étranger en pétrole de l’UE, représentant 30% de ses importations totales (27% de sa consommation totale). Ces proportions devraient augmenter parallèlement à la réduction des réserves de la Mer du Nord. Lancé lors du Sommet de l'UE avec la Russie à Paris en octobre 2000, le dialogue énergétique bilatéral a pour objectif de sécuriser l'accès de l'Europe aux importantes réserves en gaz et en pétrole du pays (le pays détient un tiers des réserves mondiales en gaz). Ce dialogue se fonde sur la supposition selon laquelle l'interdépendance entre les deux régions devrait s'accroître : l'UE pour des raisons de sécurité des approvisionnements et la Russie pour garantir les investissements étrangers et faciliter son propre accès aux marchés européens et internationaux (l'UE représente plus de la moitié du chiffre d'affaires de la Russie).

Il apparaît comme évident que le sujet de l’approvisionnement énergétique devient un enjeu primordial pour l’Union européenne et la diversification de ses routes énergétiques l’une de ses préoccupations principales. Etant donné que la sécurisation de l’approvisionnement énergétique à travers la diversification des pays fournisseurs et des voies de transit vers l’Europe touche le domaine des relations extérieures de l’Union Européenne, la Commission européenne a attaché beaucoup d’importance au sujet énergétique au sein de l’élaboration de la Politique Européenne de Voisinage (PEV). En effet, en mai 2003 elle a publié une communication à l’intention du Conseil et du Parlement Européen sur l’élaboration d’une Politique Énergétique pour l'Union européenne élargie à ses voisins et partenaires.

Cette communication présente les phases que l’Union doit accomplir pour parvenir à la création d’un grand marché européen intégré de l'électricité et du gaz sur la base de règles et de principes communs. Le développement de nouvelles infrastructures gazières et pétrolières, ainsi que l’harmonisation et l’interopérabilité technique des réseaux nationaux d'électricité et de gaz y jouent un rôle crucial. Selon cette communication, l’Union européenne devrait investir considérablement dans ces domaines. Il existe des pays voisins qui ont une importance accrue pour la sécurité énergétique de l’Union , pays que nous retrouvons dans le Partenariat Oriental signé durant l’été 2009.

Pour la Commission européenne, la Politique Européenne de Voisinage a également une perspective énergétique primordiale qui vise à la stabilité et à la prospérité de l’Union européenne. Une des régions, qui représente un intérêt grandissant pour l’Union européenne est celle de la mer Caspienne, la Commission lui reconnaît un fort potentiel énergétique. Etant donné la spécificité géographique de cet espace, la Commission met l’accent sur l’importance de la sécurisation de l’acheminement de ses ressources. Le contrôle des voies de transit du pétrole et du gaz y est essentiel pour la sécurité des approvisionnements énergétiques de l'Union européenne mais aussi pour le développement économique, social et politique de la région de la mer Caspienne. Dans ce contexte, la planification des routes énergétiques alternatives à travers l’Iran et la Turquie est tout aussi importante que la sécurisation de celles qui existent déjà et passent par la Russie.

La Commission propose de faire plein usage des programmes d’aides prévus au sein de la Politique Européenne de Voisinage pour contribuer au développement des activités économiques dans le secteur de l’énergie pour la région de la mer Caspienne. L’UE pourrait participer aux financements de projets par l'intermédiaire de la Banque européenne d'investissement. En outre, elle propose le lancement de discussions avec les pays de la région sur la coopération énergétique et le développement économique pour que cet espace soit plus attirant pour les capitaux européens. Ces discussions cherchent à diminuer les risques potentiels, commerciaux et politiques, qui pourraient être déclanchés par les projets touchant à ces nouvelles sources d'approvisionnement, comme la construction de pipelines tel que le projet Nabucco. Cela fait partie de certains objectifs du Partenariat Oriental.

Ces différentes analyses soulignent l’importance d’avoir des formations universitaires adéquates pour répondre à l’ensemble de ces défis.

ENERGY AND SUSTAINABLE DEVELOPMENT MANAGEMENT MBA

Les énergies fossiles ont façonné nos sociétés modernes et nous ont porté vers un développement sans précédent. Elles seront encore pour les prochaines décennies des acteurs et des moteurs importants du monde économique. Mais il nous faut dès maintenant préparer une transition impérative pour notre avenir et les efforts dans le domaine des énergies renouvelables seront aussi créateurs de croissances, de richesses et d’emplois.



Partant de ce constat, l’IPAG de Paris et la Khazar University de Baku ont décidé d’unir leurs efforts afin de créer un MBA « énergie et développement durable ».



Ce MBA a pour vocation de donner aux futurs dirigeants une compréhension économique, politique, géopolitique et environnementale, des enjeux énergétiques d’aujourd’hui et de demain. Les futurs acteurs seront ainsi à même d’anticiper l’avenir pour agir de façon pertinente.



Le programme du MBA s’articulera autour de quatre grands axes :

- Le monde du Pétrole et du Gaz

- Les relations internationales sur le marché de l’énergie

- Analyse de risque et analyse financière du marché de l’énergie et de ses projets

- Enjeux environnementaux

Vous pouvez consulter la brochure par ce lien internet.

Très cordialement,

Olivier VEDRINE Responsable du Programme

La Russie est aussi un pays européen

La superficie de la Russie est équivalente à 35 fois celle de la France, elle s’étale sur 9.000 Km, c’est le pays le plus grand du monde (17 millions de km²). Avec des richesses en ressources naturelles inégalées et une population de plus de 140 millions d'habitants (8ème rang mondial), ces quelques paramètres en font déjà l’un des pays majeurs sur la scène géopolitique internationale.

Les 143, 4 millions d’habitants de la Russie se concentrent à 73% dans les villes et presque 80% de cette population se trouve avant les chaînes de l’Oural, donc en Europe. C’est un pays qui peut revendiquer l’un des meilleurs taux d’alphabétisation de la planète (99,5% en 1999), par ailleurs, la Russie étant constituée d’une somme d’ethnies diverses et de plus de 70 dialectes, beaucoup d’habitants sont naturellement bilingues. Le fait qu’elle soit une fédération lui permet de gérer ses nombreuses ethnies sur son immense espace. La population russe est jeune (75% a moins de 44 ans) néanmoins, l’indice de mortalité dépasse aujourd’hui celui des naissances malgré une politique visant à les favoriser.

D’un point de vue climatique, la Russie est soumise aux extrêmes d’un climat majoritairement continental. Il en résulte une température moyenne annuelle de -5,5°C, prenant en compte des énormes écarts entre l’été et l’hiver, les deux autres saisons n’existant presque pas.

Si le record des températures les plus basses est détenu par la ville de Verkhoïansk avec – 70°C, généralement les moyennes hivernales oscillent autour des -25°C. En été, si la température moyenne est de 20°C, les régions les plus chaudes du pays, continentales et plus au sud peuvent atteindre les 38°C.

Le climat dans son ensemble est à l’origine d’un mode de vie spécifique de la population et d’un fonctionnement particulier de l’économie. Dans certaines régions, le permafrost (sous-sol qui ne dégèle jamais) génère des contraintes évidentes et coûteuses en termes de construction et d’ingénierie comme c’est le cas pour l’industrie pétrolière.

Depuis 1990 et l’éclatement de l’URSS, la Russie doit faire face à deux défis majeurs: le passage de l’économie fermée soviétique à une économie ouverte capitaliste et libérale, et celui de l’économie administrée à l’économie de marché. Membre du G8, le club des pays les plus industrialisés, l’économie russe est la 11° économie mondiale (Banque mondiale 2007). La Russie a affiché, avant la crise financière, une croissance de son PIB, avec près de 6,8 % par an en moyenne entre 1999 et 2004 (après une crise financière en 1998). Mais son économie s’appuie largement sur les performances des secteurs en lien avec ses ressources naturelles, notamment le pétrole et le gaz d’où l’importance d’une entreprise comme Gazprom, élément clef de la politique étrangère russe.

La production pétrolière est extraite de deux grands bassins: la Sibérie occidentale (région de Tioumen à 2144 kms à l’est de Moscou) et l’ensemble Volga-Oural (région de Samara à 860 kms au sud-est de Moscou et la république autonome du Tatarstan), qui assurent ensemble plus de 90% de la production totale Russe.

La Russie  fait figure de cas particulier parmi les pays  qualifiés de pays émergents ou BRIC, et cela pour plusieurs raisons : 

- Premièrement, c’est le seul pays de cette catégorie à ne pas être  un pays nouvellement industrialisé : pendant une grande partie du 20ème  siècle elle fut la base et le cœur de la superpuissance militaire, idéologique et industrielle de l’URSS.
 

- Deuxièmement, c’est un pays qui fait aussi partie du continent européen, sa capitale est placée avant l’Oural, et qui a partagé avec les autres pays européens une histoire commune.

- Troisièmement, la Russie, contrairement aux autres pays émergents, a une population vieillissante comme ses autres voisins européens, et en déclin ce qui va très rapidement poser un problème face à la montée de la présence chinoise en Sibérie orientale.
 

Sur le plan politique, la Russie est gouvernée par un régime démocratique, semi-présidentiel: le président et le 1er ministre ont tout deux un rôle très important dans la prise de décisions et la politique extérieure.

Pour de multiples raisons souvent non justifiées, la Russie fait peur à l’occident, un occident qui aimerait voir ce pays agir et se comporter comme un pays démocratique selon les normes des vieilles démocraties de l’Europe de l’ouest. Mais il faut bien se garder de nos approches ethnocentristes dans nos jugements politiques à l’égard de pays tiers ! Pour la Russie, c’est oublier qu’elle a connu en moins de vingt ans bien des épreuves : la fin de l’URSS, l’anarchie et l’effondrement de son influence sous la période Eltsine, une chute du niveau de vie et de sa démographie. Un nouvel Etat se crée à partir de la présidence de Poutine avec un retour sur la scène politique internationale et de réels succès économiques (une croissance du PIB sur plusieurs années) et politique (comme celui de nouveau membre du G8). Il faut laisser aux russes le choix de leur route vers la démocratie et le temps pour parvenir à leur propre modèle de démocratie. Car dans nos vielles démocraties, aucune de celles-ci n’est transposable d’un pays à un autre, imaginons une démocratie à l’anglaise en France et inversement. La Russie est souvent la cible d’attaques de médias occidentaux souvent ignorants de la culture russe et de son histoire. 

Cette incompréhension engendre de nombreux malentendus qui ne peuvent être que négatifs pour l’Europe et qui pourrait à terme créer une nouvelle frontière au cœur de notre continent. En ces temps d’instabilités géopolitiques planétaires nous n’avons pas besoin de ce type de division à l’intérieur de Europe mais au contraire de resserrer nos rangs ! 

L’histoire de la Russie commence au IXème siècle dans une région occupée aujourd’hui par l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie occidentale. C’est l’époque de la Rus’ de Kiev, fondée par les Varègues, des Vikings venus de Scandinavie, elle est dirigée par la dynastie des Riourikides, c’est un état qui fédère les tribus des slaves  orientaux présentes dans cette région. Le grand prince Vladimir en 988 se convertit à la religion de l’empire byzantin, le christianisme orthodoxe, qui deviendra religion d’état et sera l’un des facteurs de l’unité nationale russe. Puis arrive l’invasion tataro-mongole au XIIIème siècle et la fin de ce qu’on appelle aussi la Russie Kievienne. C’est le début de la Horde d’Or, un état fondé par les Mongols au sud de la Volga, les différentes principautés russes vaincues devront lui payer tribut et reconnaître sa suzeraineté, cette vassalité va durer trois siècles. La Russie, sans doute à juste titre, considère avoir protégé et sauvé par ses sacrifices l’Europe du joug tataro-mongol et donc permis à l’Europe occidentale de jouir de la liberté de continuer à construire l’histoire que nous lui connaissons.

Du XIIIème au XVIème siècle, l’une de ces principautés russes, la Moscovie (dont la capitale est Moscou) prendra l’ascendant sur les autres principautés pour devenir la Russie. Ce sera le début de la reconquête sur les mongols et l’absorption des principautés russes restées indépendantes comme Novgorod en 1478 et la citée-état Pskov en 1510. Ivan IV  dit le Terrible (1530-1584), premier prince à se faire désigner sous le titre de Tsar achève les conquêtes en s’emparant des principaux Khanats (royaumes) mongols, désormais l’extension de la Russie vers l’Est n’a plus aucun obstacle. Ivan IV se considère alors comme l’unique héritier de Vladimir.

Après la fin de la dynastie des descendants de Rurik (qui remontait aux princes varègues) se sera le temps des troubles et ensuite l’arrivée d’une nouvelle dynastie celle des Romanov qui monte sur le trône en 1613. Ce seront de grands souverains qui dirigeront la Russie comme Pierre le Grand (1685-1725) qui fondera Saint-Petersbourg, ville qui deviendra en 1712 la nouvelle capitale, véritable symbole de l’ouverture de la Russie vers l’Europe. Ce sera aussi Catherine II de Russie (1762-1796), La Grande Catherine, autocrate éclairée, mécène pour les arts, la littérature et l’éducation en se basant sur l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Elle aura une correspondance avec Voltaire et recevra Diderot à sa cour. La noblesse russe va s’occidentaliser sous l’influence de la philosophie allemande, de la langue française, certains de ses représentants vont s’enthousiasmer pour les idées de Lumières, et parfois même pour la Révolution française. 

C’est comme une grande puissance européenne que la Russie entrera dans le XIXème siècle par le rôle important que jouera Alexandre Ier pendant les guerres napoléoniennes  et dans la Sainte-Alliance. Le XIXème siècle sera aussi sous le règne d’Alexandre II (1818-1881) dit Le Libérateur, le temps des tentatives de réformes avec l’abolition du servage, la réforme judiciaire, les réformes de l’enseignement, la réforme de la censure, la réforme militaire, la réforme des zemstvos (district des assemblées élues au suffrage indirect). Mais Alexandre II succombe, victime d’un attentat, le 13 mars 1881, à Saint-Petersbourg avant d’avoir pu octroyer une constitution à son peuple. Lorsque Alexandre III (1845-1894) monte sur le trône en 1881, il mènera une politique de contre-réformes en réaction à l’assassinat de son père. Sous son règne l’industrie se développe rapidement grâce aux investissements étrangers et à la construction d’un réseau ferroviaire qui atteint 30000km en 1890. La Russie continue d’accroître son aire d’influence, en Chine et en Corée, elle se heurte au Japon.

La défaite de la guerre russo-japonaise déclenchera la première révolution russe en 1905. Nicolas II (1868-1918) qui est monté sur le trône en 1894 sera obligé de donner des gages d’ouvertures. La Russie entre en guerre contre l’Allemagne et l’Empire austro-hongrois en 1914 pour venir en aide à la Serbie son allié. L’Empire russe déclenche une offensive en Pologne orientale mais il est sévèrement battu. Début 1917 éclatent des mouvements sociaux, le Tsar Nicolas II abdique et ainsi commence la Révolution de février 1917 et la Russie devient une république. Puis ce sera la Révolution d’Octobre , le 25 octobre 1917, organisée par le parti des bolcheviks, l’exécution de Nicolas II et de la famille impériale le 17 juillet 1918 à Ekaterinbourg, et une guerre civile qui durera trois ans opposant les Russes blancs ( républicains ou monarchistes) aux bolcheviks. Après leur victoire, le 22 décembre 1922, les bolcheviks instaurent l’Union des républiques socialistes soviétiques, la Russie une des républiques de l’Union (République socialiste fédérative soviétique de Russie). 

C’est ensuite la période de l’URSS, puissance mondiale,  l’un des grands vainqueurs de la Seconde Guerre Mondiale qui à partir de 1945 se partagera le monde avec les USA. La bataille de Stalingrad (janvier 1943) sera l’un des grands tournants de la guerre et amènera l’armée soviétique jusqu’à Berlin. Ce sera ensuite une Europe divisée en deux et coupée par ce que l’on appellera le rideau de fer jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989. Le 21 décembre 1991 le PCUS est dissous par Mikhaïl Gorbatchev et l’URSS s’effondre. Principale héritière de l’URSS, la Russie occupe sa place dans les institutions internationales, dont le siége permanent au Conseil de sécurité des Nations Unis. Une union politique et économique, la CEI, est créée en 1991 pour tenter de maintenir les liens entre les pays de l’ex-URSS. 

L’arrivée au pouvoir en 2000 de Poutine marquera un renouveau pour la Russie et son retour sur la scène politique mondiale, après la période Eltsine marquée par l’effondrement du pays et de l’Etat.

L’actualité nous confirme ce retour de la Russie, qui réintègre sa place de grande nation dans les prises de décisions et les négociations internationales. 

Dans les années 1990, l’Occident est parvenu à blesser les sentiments de la Russie en la sous estimant.  Avec l’arrivée de Poutine en 2000 une méfiance s’est développée de la Russie vers l’UE, provoquée en grande partie, par les « révolutions de couleurs » qui empiétaient sur la sphère d’influence héritée de l’URSS. Avant celles-ci, le Kremlin cherchait un arrangement avec l’UE pour faire contrepoids à l’influence américaine en Europe et l’affaire du bouclier anti-missile a continué à faire ressortir la perte humiliante du glacis protecteur que constituait le Pacte de Varsovie. Puis ce fut l’affaire de la Géorgie et de l’Ossétie, provoqué par l’inconscience du Président Saakachvili qui a pensé avoir eu quelques assurances ou s’est laissé bercé par quelques amicales illusions, pour Moscou une limite était alors franchie. La riposte devait être rapide, exemplaire et sans équivoque afin de donner un avertissement aux Américains et à certains pays européens. La Russie est sortie de cette crise avec un repositionnement dans le Caucase et la réaffirmation de son rôle prépondérant dans cette région. C’est sans doute le premier grand succès politico-militaire pour la Russie depuis la fin de l’URSS. 

Si nous ne voulons pas avoir un face-face UE-Russie et donc une nouvelle fois couper l’Europe en deux, ce qui causerait son affaiblissement sur la scène géopolitique mondiale et ce pour la plus grande joie de nos concurrents, il nous faut définir un espace commun de travail.

C’est vers la construction d’un partenariat stratégique du type du projet des quatre « espaces communs » qu’il nous faut tous ensemble travailler. Lors du Sommet de Saint-Pétersbourg, en mai 2003, la Russie et l’UE ont adopté une déclaration conjointe sur la création et la mise en place de quatre espaces communs : un espace économique, un espace de liberté, de sécurité et de justice, un espace commun de sécurité extérieure, un espace de recherche. Les feuilles de route des quatre espaces ont été adoptées lors du Sommet de Moscou le 10 mai 2005 grâce à l’implication personnel du Président russe Vladimir Poutine. Ce sont pour Bruxelles et Moscou de véritables documents travail, certes moins contraignants que des traités internationaux  mais ils apportent une dimension politique importante dans la coopération entre l’UE et la Russie. Même si des critiques sont formulées à l’encontre de ces feuilles de route, elles n’en demeurent pas moins un point de départ pour l’amorce de la construction d’un véritable espace politique, économique et culturel européen. Un espace européen qui reprendrait cette vision du Général de Gaulle : de l’Atlantique à l’Oural et qui passerait par un axe Paris-Berlin-Moscou.
 

Olivier VEDRINE

Professeur à l’Iéseg School of Management, Université Catholique de Lille
Conférencier de la Commission Européenne (TEAM-EUROPE France)
Président du Collège Atlantique-Oural

Energy Sustainable Development Management MBA en France et en Azerbaidjan

Les énergies fossiles ont façonné nos sociétés modernes et nous ont porté vers un développement sans précédent. Elles seront encore pour les prochaines décennies des acteurs et des moteurs importants du monde économique. Mais il nous faut dès maintenant  préparer une transition impérative pour notre avenir et les efforts dans le domaine des énergies renouvelables seront aussi créateurs de croissances, de richesses et d’emplois.

Partant de ce constat, l’IPAG de Paris et la Khazar University de Baku ont décidé d’unir leurs efforts afin de créer un MBA « énergie et développement durable ».

Ce MBA a pour vocation de donner aux futurs dirigeants une compréhension économique, politique, géopolitique et environnementale, des enjeux énergétiques d’aujourd’hui et de demain. Les futurs acteurs seront ainsi à même d’anticiper l’avenir pour agir de façon pertinente.

Le programme du MBA s’articulera autour de quatre grands axes :

- Le monde du Pétrole et du Gaz

- Les relations internationales sur le marché de l’énergie

- Analyse de risque et analyse financière du marché de l’énergie et de ses projets

- Enjeux environnementaux

Pour plus d'informations sur la formation, voire la plaquette en pièce jointe.

Olivier VEDRINE
Responsable du Programme

LE PARTENARIAT ORIENTAL, LES ENJEUX GEOPOLITIQUES ET l'AZERBAÏDJAN

 

La présidence tchèque de l’Union européenne a pu réunir les 7 et 8 mai les principaux acteurs de l’Europe de l’Est dans un espoir de resserrer les liens entre l’UE et ses voisins de l’ex-Union soviétique (Arménie, Azerbaïdjan, Belarus, Géorgie, Moldavie et Ukraine) pour aider à renforcer leur indépendance et s’assurer de nouvelles sources d’approvisionnement énergétique. L’UE tente, sur la base d’une coopération pragmatique, de maintenir l’ancrage européen de ces pays, ce qui laisse à penser qu’elle est en train d’empiéter sur la sphère des intérêts stratégiques de la Russie. Mais les apparences sont très souvent trompeuses.

D’abord, l’Europe n’a pas de vision stratégique globale et il serait erroné de voir le tout nouveau partenariat oriental comme une tentative de diminuer l’influence russe. Deux facteurs viennent appuyer ce point de vue :

-         Premièrement, l’UE n’est pas encore une puissance politico-militaire et préfère agir en concertation avec la Russie dans la gestion des crises.

-         Deuxièmement, des liens économiques entre la Russie et ses voisins immédiats sont suffisamment forts et ces derniers ne souhaiteraient pas risquer un tel marché, qui absorbe leurs produits agricoles et industriels ainsi que des millions de travailleurs immigrés, pour un projet dont l’avenir reste encore incertain.

Bien que certains éléments du partenariat restent prometteurs, il est loin d’être un outil de contribution à l’émergeance d’un pôle économique dans le pluralisme géopolitique au sein de la Communauté des Etats Indépendants (CEI). Il est plutôt destiné à promouvoir les relations entre l’UE et les partenaires et à renforcer leur intégration dans différents cadres de coopération mais au même niveau que la Russie. Il s’agit plus d’une complémentarité de coopération que de compétition et plus d’une intégration renforcée que d’une adhésion. C’est la raison pour laquelle les Etats concernés de l’ex-URSS adoptent une démarche plus raisonnable même si l’Ukraine aspire toujours à une adhésion pure et simple. La grande faiblesse de ce partenariat est en effet le manque de moyens de ses ambitions et surtout de ses incitations en termes d’adhésion.  

Ensuite, le nouveau contexte international, lié à l’approche multilatérale et à la politique internationale plus pragmatique de la nouvelle Administration Obama, tend à réconforter la position de la Russie. Le nouveau président se fixe deux priorités – l’Iran et l’Afghanistan – et cherche, à la différence de son prédécesseur, à éviter des provocations inutiles en renonçant notamment à la poursuite de la nouvelle version de la politique de containment qui visait à réduire l’influence russe en promouvant les « révolutions de couleurs » dans l’espace ex-soviétique, considéré comme les « marches naturelles » dans la vision stratégique du Kremlin. Cette approche semble arranger Moscou, car il lui sera plus avantageux d’adopter une démarche coopérative à condition de maintenir sa position dominante dans son ancienne chasse gardée. De ce point de vue, on peut trouver un point d’équilibre dans les relations entre la Russie et les Etats-Unis, par exemple Washington renonçant à son initiative unilatérale du bouclier antimissiles en faveur d’un projet commun avec Moscou et celui-ci s’engageant à jouer le jeu dans des dossiers épineux tel que l’Iran et l’Afghanistan, ceci permettrait de redessiner la reconfiguration des rapports de forces et d’assurer à la Russie de rester l’acteur principal dans cette zone, chacun trouvant alors son compte. En effet, l’aide que la Russie peut apporter dans le dossier iranien est énorme et fondamentale pour la sécurité régionale et internationale. L’Iran cherche à devenir une puissance régionale importante dans cette zone géographique et à se mettre en concurrence avec la Turquie, membre de l’OTAN et candidat à l’Union européenne, pour contenir entre autres l’influence des Etats-Unis. La première visite de Mahmoud Ahmadinejad suite à sa réélection a été comme invité au Sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) à Ekaterinbourg dans l’Oural. Cette organisation a été créée en 1996 par la Russie, la Chine comme une alternative à l’Otan et en réponse à l’influence des Etats-Unis en Asie centrale. Quatre pays d’Asie centrale en sont membres, toutes d’anciennes républiques ex-soviétiques : le Kazakhstan, le  Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan. L’Iran a le statut d’observateur. A noter qu’en octobre 2007, le sommet de la Caspienne à Téhéran, en pleine crise nucléaire, avait été un succès pour l’Iran comme pour la Russie.

Cette bonne entente avec la Russie pourrait aussi contribuer au règlement du conflit du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. En effet, un des objectifs de l’Administration Obama est d’améliorer l’image de l’Amérique dans le monde musulman. Dans cette optique, la Turquie est un allié incontournable pour relier les intérêts américains tout en devenant un acteur régional au Proche-Orient mais aussi au Caucase du Sud. D’où les incitations américaines pour normaliser les relations entre la Turquie et l’Arménie qui se sont interrompues en 1993 suite à l’occupation de 20% du territoire de l’Azerbaïdjan par les forces militaires arméniennes. Mais cette question exige des avancées diplomatiques préalables dans la recherche d’une solution pacifique au conflit du Haut-Karabakh, ce qui présage d’un rôle plus actif des Etats-Unis et de la Russie. Or, les motivations russes sont différentes : tout d’abord, en excluant une telle éventualité pour les résolutions des conflits ossète et abkhaz, Moscou continuant à tenter de mettre à genoux le régime de Saakhashvili, pour s’assurer à nouveau l’accès direct à l’Arménie, son fief dans le Caucase du Sud ; ensuite, dans un cadre de rapprochement potentiel entre la Turquie et l’Arménie, le Kremlin pense à équilibrer ses relations avec l’Azerbaïdjan tout en l’incitant à vendre l’essentiel de son gaz au géant russe « Gazprom » dont le but est de mettre en cause le projet européen de gazoduc « Nabucco ».

Contrairement à ce que l’on a pu croire, l’Azerbaïdjan n’a pas tenté de se servir de son arme énergétique comme d’un moyen de pression diplomatique dans le processus de normalisation des relations entre la Turquie et l’Arménie. Mais il a suggéré de mener les deux négociations dans un seul processus et de conditionner les progrès dans le règlement du conflit du Haut-Karabakh au rapprochement entre les deux pays. Vu les liens historiques et culturels qui lient le peuple turc au peuple azéri et la réaction populaire qu’a suscité la politique d’Ankara dans les deux pays, tout cela a fait comprendre au gouvernement turc que sans éliminer les causes qui ont conduit à la fermeture des frontières, on ne peut pas agir sur les effets. Cette position a soulagé Bakou et « a dissipé toutes les suspicions » comme l’a déclaré le président Ilham Aliyev, après la visite du Premier ministre turc, le 13 mai 2009. L’Azerbaïdjan juge sa demande légitime et du fait que 20% de ses territoires restent toujours sous l’occupation arménienne, il en appelle à la Turquie et à la Communauté internationale dans son ensemble afin d’adopter une position commune et ferme face à cette situation plutôt que de conforter la position arménienne autour de la table des négociations en exigeant l’ouverture des frontières entre la Turquie et l’Arménie.

L’Azerbaïdjan n’a pas non plus cédé aux demandes russes d’achat de la totalité de son gaz parce qu’il cherche à assurer la sécurité d’acheminement de ses ressources en diversifiant les gazoducs vers plusieurs directions. C’est la raison pour laquelle il avait, par le passé, retardé l’exploitation de la deuxième phase du gisement Shah Deniz, censé fournir plus de 16 milliards de mètres cubes de gaz par an. Dans un tel contexte, l’Azerbaïadjan, qui exporte déjà du gaz à la Turquie et à la Grèce, s’est montré favorable pour le projet de gazoduc « Nabucco » afin d’acheminer l’essentiel de son gaz. Mais il ne pourra plus attendre indéfiniment les Européens. D’autant plus qu’avec l’augmentation de sa production de gaz, il lui faut des marchés et des prix compétitifs que seule la Russie prend l’initiative de lui offrir. Lors de la visite du président Medvedev à Bakou, le 29 juin 2009, « Gazprom » a ainsi signé avec la Société pétrolière d’Etat d’Azerbaïdjan (SOCAR) un accord d’achat de 500 millions de mètres cubes de gaz à compter du 1er janvier 2010. Pour Bakou, ce contrat se base sur des considérations commerciales avec un prix s’élévant à 350 dollars pour mille mètres cubes de gaz . Mais il s’agit pour l’instant d’un volume insignifiant pour être un coup fatal en privant « Nabucco » d’une source fiable et vitale. Toutefois, le danger n’est pas loin si les Européens ne décident pas du sort de leur projet  et ne propose pas rapidement des contrats d’achat à l’Azerbaïdjan. La perte de temps pourrait effectivement mettre fin à ce projet. D’autant plus que l’acteur clé dans la région qu’est l’Azerbaïdjan constitue aussi une zone de transit stratégique pour l’Asie centrale qui se trouve parmi les fournisseurs essentiels de « Nabucco ». L’éventuel changement de cap de l’Azerbaïdjan pourrait inciter les pays d’Asie centrale, tels que le Turkménistan, le Kazakhstan à se tourner plutôt vers l’Asie. Rappelons qu’après la récente explosion sur le gazoduc entre la Russie et le Turkménistan, celui-ci a plus que jamais pris conscience de la vulnérabilité de sa dépendance vis-à-vis de son grand voisin du nord. Ce n’est pas un hasard si les autorités turkmènes viennent d’offrir de nouvelles opportunités aux compagnies occidentales dans l’exploitation de gisements d’hydrocarbures. Dans ce grand jeu, la réalisation de « Nabucco » ne dépend pas de l’opposition de la Russie avec ses projets concurrents tel que « South Stream » mais largement de l’engagement des partenaires européens. Dans cette configuration l’Union-européenne a deux impératifs stratégiques, le premier est une meilleure coopération avec la Russie qui fait partie de l’Europe continentale et le second est la continuation du processus d’adhésion de la Turquie. C’est dans cette position stratégique bien équilibrée que se trouvent le juste chemin de sa politique et la protection de ses intérêts énergétiques.

 

 

Olivier VEDRINE

Président du Collège Atlantique-Oural

Paris, France

Conférencier de la Commission Européenne

(TEAM EUROPE France)

 

 

Fazil Zeynalov                                                          

Politologue                                                                    

Bakou, Azerbaïdjan                                                     

COMMENT FACILITER LA PRISE DE DECISION POUR CONSTRUIRE L’EUROPE PUISSANCE

Les moyens pour que puissions, nous autres Européens, compter dans le jeu géopolitique mondial, passent d’abord par une réorganisation de nos institutions. Deux objectifs se montrent à nous : la redéfinition du fonctionnement de la Commission européenne et la recherche d’un nouveau processus de prise de décisions au Conseil des ministres (Conseil de l’Union Européenne).

Les commissaires européens ont un statut encore mal défini et mal perçu (représentants des Etats ou réel gouvernement supranational ?). Tout cela explique la difficulté des prises de décisions et la « course à la place » des pays pour avoir son commissaire. On doit aussi reconnaître qu’en matière législative elle n’a aucune autonomie par rapport aux Etats membres.

Pour le Conseil de l’Union Européenne, il faut impérativement revoir les modalités de vote et en finir avec le principe de l’unanimité.

La Commission européenne :

Un réaménagement de cette organisation serait un message fort au niveau politique pour tous les citoyens de l’Union. En effet, ceux-ci considèrent souvent la Commission comme toute puissante et totalement en dehors des réalités qu’ils ont à assumer.

Le premier problème est d’ordre juridique : selon l’article 213 du Traité, « les membres de la Commission exercent leurs fonctions en pleine indépendance » et « chaque Etat membre s’engage à respecter ce caractère et à ne pas chercher à influencer les membres de la Commission dans l’exercice de leur tâche ». Nous sommes loin de ces belles et grandes phrases. Car pourquoi alors « cette course aux fauteuils de commissaires » ?

Le second problème est institutionnel : l’article 219 du Traité stipule que la prise de décision est collégiale mais celle-ci est pourtant prise à la majorité simple. En conséquence, tout accroissement du nombre des membres n’est en rien un obstacle à la prise de décision. Le véritable obstacle est plus dans la lourdeur du processus décisionnel ; il faut donc une modification de la méthode de travail.

Le troisième problème est administratif : avec l’élargissement de l’Union aux pays de l’Europe Centrale et Orientale, comment accroître l’efficacité de l’institution sans en revoir le fonctionnement ? On peut faire la proposition suivante qui viserait à accroître cette efficacité en rationalisant la Commission pour petit à petit la faire fonctionner comme un gouvernement fédéral. Avec un Président, un Vice-Président et plusieurs commissaires-ministres responsables de différents portefeuilles.

C’est le but à atteindre. Pour cela, nous devons de façon impérative penser à une Constitution pour l’Europe, malgré le désastreux échec du référendum de 2005. Le Traité de Lisbonne nous permet de relancer cette idée et répond pour une large part aux problèmes précédemment posés afin de construire une plus belle et plus grande Europe.

Le Conseil de l’Union Européenne :

L’enjeu majeur de la réorganisation du Conseil de l’Union Européenne nous paraît évident : c’est de mettre fin au principe de l’unanimité qui a le désavantage de rendre les décisions difficiles à prendre à 27.

Même si le vote est souvent évité pour la prise de décisions grâce aux efforts de la présidence du Conseil qui se bat pour aboutir à des compromis, visant à satisfaire tous les participants. Il est extrêmement difficile de parvenir à un accord, souvent deux Etats s’y opposent. Sans modification institutionnelle pour passer à un vote à la majorité qualifié, cette situation ne manque pas d’empirer avec l’arrivée des nouveaux pays membres dans l’Union. Le Traité de Lisbonne là encore nous permet de répondre à plusieurs de ces « défis de fonctionnement ». Le problème est clair : comment des Etats membres pourront-ils passer d’un système décisionnel basé sur l’unanimité à un système à la majorité qualifiée où leur influence serait grignotée et où une décision pourrait se prendre sans eux ?

Dans le cas d’un vote à la majorité simple, à la majorité qualifiée ou à l’unanimité, un Etat = une voix. Dans le cas d’un vote à l’unanimité, la décision est prise quand il y a accord entre tous les participants. On peut se poser la question de la repondération des poids décisionnels des Etats dans la procédure de vote à la majorité qualifiée, en déterminant le nombre de voix que chacun obtiendrait à l’avenir. On peut mettre en avant les critères démographiques (déjà présents dans le calcul actuel) et qui au passage lèse les petits Etats comme le Luxembourg, la Belgique, etc. Pour ne pas faire des petits Etats, des acteurs de seconde zone en réduisant leurs poids décisionnels, (ce qui faisait partie des problèmes soulevés par l’Irlande) il faut revenir aux principes de bases de la Démocratie, à savoir : un Etat = une voix.

Nous ne devons pas perdre de vue que la réforme, s’agissant du vote à la majorité qualifiée, ne doit pas se cantonner à la révision de ses modalités d’exécution mais prendre en compte l’élargissement de son champ d’application. L’Europe des 27 et son élargissement récent n’en serait que mieux gérée.

Déjà dans quatre grands sujets, un vote à la majorité qualifié a été discuté lors du Conseil européen de Féria en juin 2000.

Il y a d’abord la famille de sujets portant sur l’organisation interne de l’Union Européenne (nomination des membres de la Cour des comptes, nomination du Secrétaire général du Conseil de l’Union Européenne).

Se rajoutent les domaines relevant de la PESD, de la conclusion des accords internationaux et les problèmes en matière de propriété intellectuelle.

Dans un troisième groupe, il y a les mesures touchant au fonctionnement du marché intérieur (accès et exercices des activités non salariées, les problèmes en matière fiscale et sociale, les problèmes de discrimination, de double taxation et d’évasion fiscale).

Enfin, il y a le groupe qui touche aux sujets portant sur « l’espace intérieur » de l’Union Européenne (le droit des citoyens de l’Union à circuler librement et à séjourner dans tous les Etats membres, la délivrance des visas, les procédures d’asile et relatives aux réfugiés, problèmes d’immigration, la coopération judiciaire dans le domaine civil).

On voit toutes les difficultés qu’ont les 27 à prendre des décisions sur des sujets aussi nombreux (certains étant sensibles). Ne faut-il pas, là encore, tout comme nous l’avons proposé pour la Commission, adopter une logique de réorganisation. Le Traité de Lisbonne nous apporte des éléments pour répondre à une meilleure efficacité des institutions européennes.

Pour aller plus loin que ce Traité, il faudrait repartir de l’équation : un Etat = une voix, pour proposer un système plus démocratique et plus simple. Pourquoi ne pas suggérer une Chambre des Nations représentant les Etats, à raison de quelques représentants par pays membres, avec un nombre de représentants égal quel que soit la taille de l’Etat (comme le système du Sénat des Etats-Unis d’Amérique). Le Conseil des ministres se transformerait en Chambres des Nations. Tout comme la réforme de la Commission, cette nouvelle transformation appelle de nouveau l’élaboration d’une Constitution pour l’Union.

Il faudrait préparer le passage de la Commission actuelle à un véritable gouvernement européen avec un président, un vice-président et des ministres. Le président serait élu au suffrage universel direct et il serait le véritable chef de l’exécutif, avec le pouvoir de dissoudre la première chambre. Il pourrait être aussi élu par le Parlement comme c’est le cas dans les modèles parlementaires classiques.

Pour le Parlement, deux chambres sont nécessaires, l’une doit représenter les citoyens, l’autre les Etats. La première, la « Chambre des citoyens » se rapprocherait de l’actuelle Assemblée de Strasbourg. La seconde est une « Chambre des Nations » qui représenterait les Etats à raison de quelques représentants par pays membres avec un nombre de représentants égal quel que soit la taille de l’Etat.

Ce travail de fond et ce formidable défi qu’est l’élaboration d’une Constitution mettrait l’Europe dans la vie quotidienne par la participation de chaque citoyen, grâce aux moyens modernes de communication comme internet. Cette participation collective pourrait déboucher sur les débuts d’un véritable civisme européen.

Olivier VEDRINE

NOTES DE VOYAGES EN AZERBAÏDJAN

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Pour vous parler de mes voyages en Azerbaïdjan, il me faut débuter ce récit par un petit prologue. L’été à Paris avait déjà commencé et je flânais par une de ces belles journées que notre capitale sait nous offrir, quand je reçois un appel téléphonique.

- Bonjour Olivier ! C’est Jean-Yves Chevalier. Tu vas bien ? Tu fais quoi cet été ? Tu aimerais venir en Azerbaïdjan à Baku ?

Les cours étaient terminés, les étudiants des écoles et des universités étaient en vacances, j’étais donc libre. Baku, l’Azerbaïdjan, le Caucase et la mer Caspienne : la destination me semblait chargée d’aventures. Je réponds donc par l’affirmative.

- Je viens !

Tout en joie, je m’en vais parler de ma future destination estivale à certains de mes amis qui, pour la plupart, ne connaissant pas ou peu ce pays, par ignorance souvent, m’avertissaient de tous les dangers d’une destination si lointaine. Rien de tel pour me motiver. Devant tant de commentaires chargés d’appréhensions, je n’avais que davantage l’envie de partir !

Mon premier voyage :

Nous sommes la fin du mois d’août, c’est le matin et le jour s’est déjà levé. Je suis à l’aéroport Charles de Gaulle, impatient de prendre cet avion pour Baku.

Après quelques heures de vol, nous arrivons le soir à l’aéroport Heydar Aliyev, un taxi nous attend, une belle voiture allemande de forte cylindrée, et nous transporte vers notre hôtel Hyatt en traversant en autoroute des champs de derricks.

Pour la première partie de ce premier voyage, avec mon camarade Jean-Yves Chevalier, nous avons eu à prononcer des avis consécutifs aux réponses du « Groupe de travail de mise en place des standards internationaux en matières des Droits de l’Homme en Azerbaïdjan » à propos des opinions et propositions de l’OSCE-ODHIR et de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe relatives aux ajouts et amendements au Code Electoral de la République d’Azerbaïdjan. Le document de travail, le rapport sur lequel nous avons réfléchis, était d’une grande qualité et l’ensemble des ONG et Fondations de l’Azerbaïdjan par leurs réflexions nous démontrèrent et nous prouvèrent qu’une dynamique de démocratisation était déjà en place.

Ce pays, ô combien intéressant de part sa culture et son histoire, se situe sur l’ancienne route de la soie. On imagine en traversant la vieille ville de Baku l’arrivée des caravanes et leurs haltes dans les caravanes saraïs et l’histoire de Marco Polo nous revient tout d’un coup en mémoire.

Aujourd’hui, la situation de l’Azerbaïdjan est stratégique et nous amènent à comprendre la vision politique de ce pays qui s’inscrit dans la continuité par une intégration dans les institutions européennes et une diplomatie qui concilie avec succès, une orientation pro-occidentale et de bonnes relations avec la Russie. Cette politique a permis une stabilité, un progrès économique grâce aux revenus pétroliers injectés, ce qui a provoqué l’augmentation de la production industrielle et donc une amélioration du niveau de vie des habitants. La seconde partie de ce voyage fut marquée par un déplacement au sud du pays vers la ville de Lankaran qui borde la mer Caspienne. Le trajet fut extraordinaire et m’a permis de remarquer l’extrême diversité des paysages et des climats. En effet, le climat chaud et sec des déserts plats où nous avons eu à traverser une mer de sel laisse la place, plus au sud, à des forêts couvrant de hautes montagnes, une végétation magnifique et des températures agréables puis, plus en altitude, une végétation davantage rase où l’on devine toute la dureté du climat.

Lors de l’ensemble de ce premier voyage, j’ai été reçu avec un grand sens de l’hospitalité, tant par des officiels que par de simples citoyens. J’ai remarqué le grand sens de l’accueil de l’ensemble de la population, ainsi que son caractère pacifique et toujours prêt à discuter avec le voyageur que j’étais. C’est un peuple fier de son histoire et de son passé comme me l’a montré la visite de plusieurs musées comme l’un d’entre eux placé dans une petite ville proche de la frontière iranienne. C’est un peuple attachant qui accompagne dignement la beauté des paysages.

Mon excursion dans le sud devait durer quelques jours et ce fut le retour pour Baku et ensuite pour Paris.

Mon deuxième voyage :

Mon second voyage en Azerbaïdjan, je le fis comme observateur international pour les élections présidentielles en octobre 2008 et toujours avec mon cher camarade Jean-Yves. Ma mission était d’aller vérifier dans les bureaux de votes le bon déroulement des élections. A l’hôtel, les observateurs sont répartis par zones géographiques et/ou par villes. Ce sera pour moi Guba, dans le nord du pays tout prêt de la frontière avec la Russie.

Le matin se lève sur Baku, la route pour Guba est en chantier, on me réserve donc une jeep Toyota. L’équipe qui m’accompagne est jeune et pleine de dynamisme. Puis c’est la route, longue et difficile, mais là aussi les paysages sont d’une grande beauté.

Après des visites dans quelques bureaux de votes à l’intérieur de la ville, nous décidâmes d’aller dans la montagne, dans ce haut Caucase que l’on trouve dans les romans d’aventures. Et c’est le plus haut village d’Azerbaïdjan à environ 3000 mètres d’altitude, qui sera notre objectif. Le chemin a la réputation de n’être pas facile. En effet, nous ferons un peu de route goudronnée puis se sera la piste mi-bitume et mi-terre. Celle-ci longera des ravins, passera à la cime des crêtes et plongera dans les fonds de magnifiques vallées. Les versants de ces montagnes gigantesques et superbes sont clairsemés de quelques habitations où l’on devine que tout est organisé pour faire face à ce climat montagnard, rude et difficile. Un membre de l’équipe me dit qu’ici c’est le territoire des loups. La panne de moteur me paraît donc à éviter…

Nous traversons d’abord un paysage couvert de forêts. Ensuite, c’est un paysage pelé où l’on voit quelques brebis, des habitations à flancs de montagnes et, enfin, le village le plus haut d’Azerbaîdjan est devant nous ; il termine la piste. Les personnes ici sont des paysans, des éleveurs. La Russie est à quelques kilomètres. Ils sont heureux et fiers de nous recevoir. Leurs sourires éclairent leurs visages où percent ces regards d’hommes et de femmes des montagnes. L’hospitalité, comme dans le reste du pays, est dans ce village aussi une manière d’être et de faire. Nous sommes les premiers observateurs à signer les registres dans le bureau de votes. L’un des villageois téléphone pour signaler notre présence. La démocratie et ses bulletins de votes sont arrivés dans les hautes montagnes du Caucase. Nous prenons quelques photos avec le directeur de l’école dans laquelle est placé le bureau de vote et nous devons déjà repartir, car il semble qu’il faut mieux faire le voyage de jour…

C’est le retour à Baku et le débriefing avec les autres observateurs. Les réunions d’experts, les conférences de presse et les interviews se suivent. Il y a toujours les promenades dans cette belle vieille ville de Baku et l’hospitalité de nos amis azéris pour nous rendre ce séjour des plus agréables.

Mon troisième voyage :

Mon troisième voyage fut le plus court. Nous avons participé, avec Jean-Yves, à une conférence de presse internationale sur le référendum du mois de mars 2009. J’ai mis en place, lors de ce séjour, une collaboration entre l’IPAG à Paris et l’université Khazar à Baku afin d’ouvrir pour la rentrée un double diplôme : un MBA sur l’énergie.

Suites à ces différents voyages, j’invite maintenant mes amis en France à avoir une vue différente de l’Azerbaïdjan. J’insiste toujours quand je parle de ce pays sur la beauté de ses paysages et sur l’hospitalité, la fierté et la gentillesse d’un peuple pacifique.

Olivier VEDRINE

PS : Le programme du MBA Energy dont j'ai la responsabilité est sur le site de l'IPAG: http://www.ipag.fr/en/home/programmes/mba/energy-sustainable-development-management-mba.html

NB : M. Jean-Yves CHEVALIER, Consultant International, Président Honoraire de l’ACEDS: http://aceds.fr/

UN "NOYAU DUR" POUR CONSTRUIRE UNE UNION POLITIQUE EUROPENNE

L’Union par le sommet de Nice a commencé son élargissement à partir de 2003 aux pays pouvant satisfaire les conditions d’adhésion. Avec les négociations sur l’adhésion de la Turquie et de certains pays des Balkans, l’Union Européenne a ouvert la porte à beaucoup d’autres Etats.

Il faut bien se poser la question des limites de l’UE et ouvrir un débat avec nos voisins des frontières orientales. Nous avons déjà mis en place des accords de partenariat, de coopération, d’association qui ouvrent la voie à la candidature.

Si nous ne pensons pas à l’élaboration d’un « noyau dur » , comme avant-garde de l’Union politique et locomotive de l’intégration, nous aurons à déplorer la dilution de l’Union Européenne dans une simple Union élargie.

L’échec de la ratification du Traité Constitutionnel et les difficultés de la ratification du Traité de Lisbonne conjugués à la pression de l’élargissement doit faire faire à l’Union Européenne un saut qualitatif qui lui permettra d’intégrer toutes les nouvelles vagues d’adhésions dans un cadre institutionnel remanié par un renforcement des politiques communes. Cette « avant-garde » doit être la première étape d’un processus amenant l’Union Européenne à mieux construire une Union pour la Méditerranée et à mieux intégrer les nouveaux Etats candidats.

Par une profonde rénovation institutionnelle apportée par l’élaboration d’une Constitution, par la formation d’un noyau dur, nous éviterions les blocages accumulés depuis la signature du Traité de Maastricht et nous cesserions de condamner l’Europe à l’impuissance. Nous nous donnerions les moyens d’échapper à une crise possible qui, révélant nos faiblesses pourrait déboucher sur une régression et peut être même sur une dislocation de la construction édifiée depuis 1957.

Il faudrait enfin préparer le passage de la Commission actuelle à un gouvernement européen avec un président, un vice-président et des ministres. Le président élu au suffrage universel direct serait le véritable chef de l’exécutif, avec le pouvoir de dissoudre l’Assemblée.

Pour le parlement, deux chambres sont nécessaires, l’une doit représenter les citoyens, l’autre les Etats.

La première « La Chambre des citoyens » se rapprocherait de l’actuelle Assemblée de Strasbourg.

La seconde est une « Chambre des nations » qui représenterait les Etats à raison de quelques représentants par pays membres avec un nombre de représentants égal quel que soit la taille de l’état. Dans le cas d’un vote à la majorité simple , un Etat = une voix. Dans le cas d’un vote à l’unanimité, la décision est prise quand il y a accord entre tous les participants. On peut se poser la question de la repondération des poids décisionnels des Etats dans la procédure de vote à la majorité qualifiée, en déterminant le nombre de voix que chacun obtiendrai à l’avenir. On peut mettre en avant les critères démographiques (déjà présents dans le calcul actuel) qui au passage lèse donc les petits états comme le Luxembourg, la Belgique, etc… Pour ne pas faire des « petits états » des acteurs de seconde zone en réduisant leurs poids décisionnels, il faut revenir aux principes de base des relations internationales, à savoir : un Etat = une voix. Par cette simple équation on ne fait que respecter les lois élémentaires de la démocratie.

Cette Constitution comme le traité constitutionnel doit être mis en forme par un « conseil des sages » indépendants qui grâce au réseau internet ferait participer l’ensemble des citoyens à la réflexion. Ce travail de fond et ce formidable défi qu’est l’élaboration d’une constitution mettrait l’Europe dans la vie quotidienne. La participation de chacun pourrait déboucher sur les débuts d’un civisme européen. Cela suppose des réformes difficiles au niveau de l’Union Européenne comme au niveau des pays membres, avec pour ces derniers, comme conséquence, des réflexions à engager sur une nouvelle répartition territoriale des pouvoirs. Les moyens, pour nous autres européens, de compter dans le jeu géopolitique mondial, passent d’abord par une réorganisation de nos institutions. Deux objectifs se montrent à nous : la redéfinition du fonctionnement de la Commission Européenne et la recherche d’un nouveau processus de prise de décisions au Conseil des Ministres ou Conseil de l’Union Européenne. Le Traité de Lisbonne va dans ce sens.

Cette rénovation d’un cadre politique de l’Union ne sera pas une tâche facile. A l’intérieur même de l’Europe des 27, comme nous l’a montré l’échec de la ratification du Traité Constitutionnel et comme le souligne aujourd’hui les difficultés de la ratification du Traité de Lisbonne, les adversaires ne manquent pas. De plus, l’élaboration d’un noyau dur ne sera pas bien accueilli par les pays candidats, ils se sentiront en effet devant un obstacle supplémentaires. Parallèlement certains pays d’Europe Centrale et Orientale montreront des réticences à intégrer une Union trop fédérale alors qu’ils ont été sous la domination de l’URSS et qu’ils manifestent donc un souci légitime de garder une indépendance récemment retrouvée.

Nous devons donc, là aussi, initier un véritable débat politique autour de l’Union, débat qui doit viser à expliquer et faire participer tous les Etats comme l’ensemble des citoyens pour ne pas les exclure. Nous pourrions proposer, grâce aux principes exposés plus haut dans les idées d’une Constitution, aux états candidats une place de membre associé à la Chambre des Nations. Nous pourrions ainsi grâce à une constitution mettre en place des aménagements qui pourraient tourner autour de différentes formules allant de membres associés à membre à part entière.

Devant les enjeux stratégiques du XXIème siècle, une construction politique de l’Europe est nécessaire, les nouveaux défis ne peuvent être simplement gérés par des Etats isolés, ni par un système de coopération inter-gouvernementale.

Au centre le « Noyau Dur », régi par une Constitution dont les membres font partie de l’Union Européenne et qui participent aux politiques communes de sécurité interne (Schengen) et externe (Défense) ainsi qu’à la zone Euro. A la première périphérie, les pays membres de l’Union Européenne mais qui ne souhaitent pas adhérer à l’Union Politique. Enfin, un dernier groupe correspondrait aux pays candidats et/ou membres associés.

Ce « Noyau Dur » serait le moteur de l’ensemble. Cette intégration à géométrie variable a le mérite de proposer une construction pragmatique de l’Union Européenne. Chacun des Etats peut ainsi s’adapter à son rythme aux exigences de l’admission dans l’organisation politique ou décider de ne pas y adhérer. Par l’élaboration de ces 3 « familles », on va de l’intégration totale à l’influence soutenue.

Olivier VEDRINE

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